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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306636

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306636

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 octobre 2023 et le 19 octobre 2023, M. C D, représenté par Me Blanc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation et lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son mariage n'est pas un mariage blanc ; il n'a pas eu notification de l'arrêté portant retrait de son titre de séjour, celui-ci ayant été adressé au domicile de son ex-femme ;

- l'obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'erreur de droit puisqu'elle est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne peut être regardé comme dépourvu de titre de séjour puisqu'il n'a pas reçu notification de la décision de retrait de celui-ci ; la décision de retrait mentionne une date de validité du titre de séjour erronée ; la demande de substitution de motif formulée ne peut donc être accueillie ;

- le refus de délai de départ volontaire est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été adoptée sans examen sérieux des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté d'assignation à résidence n'est pas motivé en méconnaissance de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la mesure est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il sollicite des substitutions de motif sur le 3° de l'article L. 611-1 et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant turc né le 15 mai 1993, est entré en France le 31 mai 2019, sous couvert d'un visa long séjour, dans le cadre du regroupement familial sollicité par son épouse. Il s'est vu délivrer un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 22 mai 2024. Par arrêté du 14 décembre 2020, la préfète de l'Ain a procédé au retrait de ce titre de séjour et a assorti ce retrait d'une obligation de quitter le territoire français. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la mesure d'éloignement :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne tant les motifs de droit, que les éléments de fait caractérisant les conditions de séjour ainsi que la situation personnelle du requérant, sur lesquels le préfet s'est fondé. Quant à la décision portant interdiction de retour, le préfet précise les motifs sur lesquels il se fonde, en indiquant que même si sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, M. D a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qu'il est présent en France depuis 4 ans et ne justifie ni d'attaches familiales en France ni qu'il serait isolé dans son pays d'origine. Elle est suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Savoie a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

6. M. D est entré en France sous couvert d'un visa long séjour dans le cadre d'un regroupement familial sollicité par son ex-épouse. Ainsi la mesure d'éloignement ne pouvait être fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans la mesure où le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, et alors qu'il ressort des termes mêmes de sa requête que le pli contenant cet arrêté a été adressé à la dernière adresse connue de l'administration et alors même que cet arrêté contiendrait une erreur de plume quant à la date de validité du titre de séjour qui lui a été retiré, les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées, dès lors que cette substitution de base légale, demandée par le préfet de la Haute-Savoie et à l'égard de laquelle le requérant a présenté des observations devant le tribunal, n'a privé l'intéressé d'aucune garantie. Par suite, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de base légale demandée par le préfet.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 précise à ce titre que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6., si le préfet ne pouvait fonder l'absence d'octroi de délai de départ volontaire sur les dispositions combinées des articles L. 612-2 et du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision apparaît pouvoir être fondée sur les dispositions combinées des articles L. 612-2 et du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la substitution de base légale prononcée ne privant pas plus M. D d'une garantie. Il y a également lieu d'accueillir cette demande de substitution de base légale.

9. En sixième lieu, en se bornant à se prévaloir de son contrat à durée indéterminée signé le 1er septembre 2023, le requérant n'établit pas que le refus de départ volontaire est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En septième lieu, M. D, célibataire et sans enfant, est entré en France à l'âge de 26 ans et n'y réside que depuis quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. S'il se prévaut du fait qu'il est seulement séparé de son ex-épouse et non divorcée, cette circonstance est sans influence sur l'appréciation de ses liens en France, dès lors qu'il n'établit ni ne soutient avoir conservé de quelconque lien avec elle. Les seules circonstances qu'il a toujours travaillé, depuis son entrée en France, et qu'il serait intégré socialement ne sont pas suffisantes pour démontrer qu'en adoptant l'arrêté attaqué le préfet de la Haute-Savoie a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :

11. D'une part, cet arrêté, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. D'autre part, en se bornant à faire état du caractère disproportionné de l'obligation de pointage journalière, le requérant n'établit pas que le préfet ait entaché cet arrêté d'erreur d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. D est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

J. A

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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