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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306721

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306721

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; le préfet n'a pas examiné sérieusement sa demande de titre de séjour ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il pouvait bénéficier de l'exonération de visa long séjour de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la condition d'entrée régulière peut être considérée comme remplit au regard des circonstances de son entrée sur le territoire français, au regard de la décision d'exécution 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le préfet dispose d'un pouvoir de régularisation en vertu de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour par voie d'exception ; elle n'est pas suffisamment motivée au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français par voie d'exception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- et les observations de Me Mathis, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, est entré en France le 5 mars 2022 depuis l'Ukraine sous couvert d'un visa délivré par les autorités ukrainiennes. Il a sollicité bénéfice de la protection temporaire de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui a été refusé par arrêté du 2 mai 2022 par le préfet de la Seine- Maritime. Il a sollicité le 23 novembre 2022, auprès des services préfectoraux de l'Isère, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué le préfet de l'Isère a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 () "

4. M. A soutient sans être contesté avoir validé en Guinée deux années de licence en mathématiques et informatique. Désireux de poursuivre ses études, il établit avoir obtenu un visa délivré par les autorités ukrainiennes et valable du 17 janvier 2022 au 16 avril 2022 afin de s'inscrire à l'université de Kharkiv. Il établit être entré sur le territoire ukrainien le 5 février 2022. A la suite du début du conflit entre la Russie et l'Ukraine, M. A explique avoir fui ce pays le 5 mars 2022 et être entré en France où sa tante vit. A la suite du refus de protection temporaire opposé par arrêté du préfet de la Seine-Maritime, il s'est inscrit à l'université Grenoble Alpes pour continuer ses études au titre de l'année 2022-2023. Le préfet de l'Isère a considéré que l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire français s'opposait à la délivrance du titre de séjour. Cependant, eu égard aux circonstances très particulières de l'espèce dans la mesure où M. A s'est trouvé dans l'impossibilité matérielle de solliciter un visa de long séjour en raison du conflit armé, le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le titre de séjour sollicité.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions d'injonction :

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à M. A, un titre de séjour temporaire. Par suite, il y a lieu de prescrire au préfet d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procès :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mathis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à lui verser.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Isère du 19 avril 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.

Article 4 : L'Etat versera à Me Mathis la somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à la part contributive versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306721

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