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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306831

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306831

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306831
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Ghanassia, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

- d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à travailler ;

- de condamner l'Etat à verser à son Conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 200 euros ;

- de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

M. A B soutient qu'il est victime d'une atteinte à une liberté fondamentale : le droit fondamental au travail ; les articles L. 423-7 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus ; le droit fondamental au respect de la vie privée et familiale et le droit à la préservation de l'intérêt supérieur de l'enfant sont méconnus ; l'urgence est constituée : l'absence de renouvellement de son titre de séjour l'a fait basculer dans la clandestinité et la précarité du jour au lendemain ; il a perdu son emploi, les APL qui l'aidaient à payer le loyer, les allocations familiales et bientôt son logement ; il ignorait alors que le fait d'être le parent d'un enfant français lui donnait des droits en France.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et de travail du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la demande en référé liberté :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " c'est-à-dire sans instruction et sans audience. Selon l'article L. 511-1 de ce code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

4. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très bref délai.

5. Pour justifier de l'urgence, M. B expose que dans la perspective de son renouvellement de titre de novembre 2021, il a souhaité changer de statut en fournissant son contrat de travail en CDI au profit d'une carte de séjour " salarié ", compte tenu de la rupture de la vie commune rendue nécessaire par la prise en charge de Mme B, qu'il a bénéficié de récépissés l'autorisant à travailler durant 6 mois jusqu'à ce qu'un refus de renouvellement du titre soit pris en mai 2022, assorti d'une mesure d'obligation à quitter le territoire français, qu'étonnamment, le tribunal administratif a rejeté le recours en annulation qu'il avait formé, qu'il a donc interjeté appel devant la Cour administrative d'appel de Lyon, qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, que la légalité de cet arrêté ne peut qu'être douteuse dans la mesure où, outre sa qualité de membre de famille européen, étant de nationalité marocaine, il peut se prévaloir de 3 ans de résidence régulière sur le territoire à la date de l'arrêté contesté, qu'il a finalement décidé de reconnaître en date du 3 mars 2023 l'enfant adultérin né le 13 avril 2019, qu'il peut aujourd'hui se prévaloir de sa qualité de parent d'enfant français, pour déposer une nouvelle demande de titre de séjour. Il fait valoir qu'à ce titre, il aurait dû bénéficier d'une carte de résident en application de l'article 3 alinéa 2 de l'accord franco-marocain, qu'il n'a pas été autorisé à déposer son dossier de demande de titre de séjour en préfecture, que le fait de ne pas être titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler lui est parfaitement préjudiciable puisque cela implique qu'il ne peut pas subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de son enfant français, ni encore à ceux issus de sa première union, que son ancien employeur est prêt à le réembaucher dès qu'il aura de nouveau le droit de travailler, que s'il est de nouveau autorisé à travailler, il pourra obtenir un échéancier pour rembourser sa dette locative et éviter que ses enfants se retrouvent à la rue. L'absence de renouvellement de son titre de séjour, l'a fait basculer, selon lui, dans la clandestinité et la précarité du jour au lendemain.

6. La perte d'emploi invoquée par M. B résulte de l'arrêté du 17 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble. Si la situation décrite au point 5 pourrait, le cas échéant, justifier une suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dès lors qu'est en cause un refus d'instruire une demande de titre de séjour en date du 2 octobre 2023, elle ne caractérise pas une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du même code justifiant, à la date du 24 octobre 2023, le prononcé dans de très brefs délais d'une mesure provisoire et conservatoire de sauvegarde. Dans ces conditions, à défaut d'urgence, la requête doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions en faisant application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Ghanassia.

Copie sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 24 octobre 2023.

Le juge des référés,

Claude Vial-Pailler

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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