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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306843

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306843

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 3
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du 19 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités bulgares, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas bénéficié de l'entretien prévu à l'article 5, il n'a pas eu accès au résumé de cet entretien et il n'a pas bénéficié de l'information prévue ;

- la préfète ne justifie pas de l'accord des autorités bulgares quant à sa prise en charge ;

- la décision a été prise en méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 au vu des défaillances systémiques de la procédure d'asile en Bulgarie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Triolet, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet, vice-présidente,

- et les observations de Me Miran, représentant M. B.

La préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 22 juin 1999 et de nationalité afghane, déclare être entré en France le 10 août 2023 pour y solliciter l'asile. La consultation du fichier Eurodac a révélé que M. B avait déjà déposé une demande d'asile en Bulgarie le 3 juillet 2023 puis en Croatie le 31 juillet 2023. Les autorités bulgares ont explicitement accepté le 14 septembre 2023 de reprendre en charge la demande d'asile de M. B. Par la présente requête, ce dernier conteste l'arrêté du préfet du 19 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités bulgares en application du règlement UE n°604/2013.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (). " Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. B, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté du 19 octobre 2023 vise le règlement (UE) n° 604/2013, notamment son article 18 et indique que la consultation du fichier Eurodac a révélé que M. B a présenté une demande d'asile en Bulgarie puis en Croatie. Ainsi, cet arrêté énonce avec une précision suffisante les considérations de fait et de droit qui le fondent, sans qu'il soit nécessaire pour que M. B puisse contester utilement le contester de distinguer entre les différents paragraphes de l'article 18. Si M. B fait valoir qu'il a été frappé en Bulgarie, cet argument porte sur le bien-fondé de l'arrêté litigieux et non sur sa motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B sans en tirer aucune conséquence de droit, le préfet a produit l'accord explicite des autorités bulgares. Le préfet justifie également que l'intéressé a bénéficié d'un entretien en langue pachto, qu'il a dit comprendre, et qu'il s'est vu remettre les brochures d'information prévues par l'article 4 du règlement. Enfin les dispositions de l'article 5 du règlement n'imposent aucunement qu'une copie du résumé de l'entretien soit spontanément remise au demandeur et l'intéressé ne justifie en avoir vainement fait la demande.

6. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 3 du règlement du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ".

7. M. B soutient qu'il existe en Bulgarie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs en se prévalant de documents généraux et en produisant notamment des données du site de statistiques " Eurostat " qui révèlent un taux de rejet des demandes d'asiles déposées par des ressortissants afghans s'établissant entre 90% et 99% pour les années 2015 à 2021. Toutefois et d'une part, en 2022 ce taux était de 50%. D'autre part, les documents généraux produits au dossier ne permettent pas, en l'état, d'établir que les autorités bulgares ne sont pas en mesure d'instruire la demande d'asile de M. B et de l'accueillir durant cette instruction dans le respect des conventions internationales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2023 de la préfète du Rhône. Il y lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Miran et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

La magistrate désignée,

A. TrioletLe greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306843

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