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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306853

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306853

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, M. D A C, représenté par Me Rouvier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) de faire application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait les articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- est illégale, par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

La décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, faute d'une appréciation particulière de sa situation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coutarel, première conseillère ;

- et les observations de Me Rouvier, avocat de M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né en 1987, déclare être entré en France en 2009. Il y a séjourné régulièrement sous couvert de certificats de résidence au regard de son statut de parent d'enfant français du 1er juillet 2016 au 17 octobre 2018, puis du 23 décembre 2019 au 27 avril 2022. Le 27 octobre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un nouveau titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Cette décision a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble les 15 novembre 2022 et 17 mars 2023 ainsi que par la cour administrative d'appel de Lyon le 29 septembre 2023. Dans la présente instance, il demande l'annulation de l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an.

2. Par un jugement du 3 novembre 2023, le magistrat délégué par le président du tribunal administratif de Grenoble a, par application des articles L. 614-8, L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et R. 776-1 du code de justice administrative, admis M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et a rejeté les conclusions de la requête du 23 octobre 2023 tendant à l'annulation des décisions du 23 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination et de l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Il a également renvoyé le surplus des conclusions de la requête à une formation collégiale du tribunal administratif de Grenoble qui demeure saisie des conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

3. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été signée par Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui a reçu délégation de signature par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte litigieux manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et les éléments de fait qui la fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. A C. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé.

5. En troisième lieu, M. A C soutient que la décision de refus de titre serait contraire aux articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien. Ces stipulations prévoient qu'un ressortissant algérien peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit dès lors qu'il est un ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France et qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvient effectivement à ses besoins. Toutefois, aucune des autres stipulations de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 ne prive l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la règlementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public.

6. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement en date du 18 octobre 2021, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Grenoble a acté l'accord du requérant et de son ancienne épouse pour divorcer ainsi que l'instauration d'un droit de visite et d'hébergement au profit du père. Le juge des enfants près le tribunal judiciaire de Grenoble a, le 8 avril 2022, décidé du renouvellement du placement des deux enfants issus du couple auprès de l'aide sociale à l'enfance. Si le requérant établit avoir un planning de visite de ses enfants, et, en sa qualité de coreprésentant légal de ses enfants, s'être présenté le 4 juillet 2023 dans les services scolaires de l'académie de Grenoble afin de cosigner un certain nombre de documents relatifs à la scolarisation de ses enfants, il ne justifie toutefois pas, par ces seules pièces, participer effectivement à leur éducation ou à leur entretien. En outre, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 29 mai 2017, le tribunal correctionnel de Grenoble a condamné M. A C à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violences aggravées par trois circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 26 mai 2017, que M. A C a été condamné le 2 octobre 2017 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive commis du 27 septembre 2017 au 28 septembre 2017 et des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D commis le 28 septembre 2017. Par ailleurs, M. A C a été condamné le 1er octobre 2018 à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de violences habituelles n'ayant pas entrainé d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été un conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive commis du 27 juin 2018 au 28 septembre 2018 et le 23 décembre 2019 à une peine de deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été un conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive commis le 15 octobre 2019. Par suite, et alors même que par un jugement du 5 mai 2022, le tribunal correctionnel de Grenoble a relaxé M. A C des fins de la poursuite pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive commis le 27 août 2021, le préfet de l'Isère a pu, même s'il n'établit pas la réalité des interpellations postérieures à 2019 qu'il allègue, considérer à bon droit que le comportement personnel du requérant constituait une menace à l'ordre public et a pu, sans méconnaître les stipulations précitées, prendre à son encontre le refus de titre litigieux. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. A C soutient que ce refus de titre porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, l'intéressé ne justifie pas d'une bonne intégration dans la société française dès lors qu'il a été mis en cause à de nombreuses reprises notamment pour des faits de violence. Il n'est pas non plus dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 22 ans et où résident ses parents et ses cinq sœurs. En outre, s'il a été marié avec une ressortissante française du 30 juillet 2016 au 18 octobre 2021, son couple s'est séparé depuis la fin de l'année 2019, ses enfants sont placés auprès de l'aide sociale à l'enfance. Si les visites ont repris à sa sortie d'incarcération, M. A C ne justifie pas participer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Dans ces conditions, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour du requérant et à la circonstance que sa présence est susceptible de constituer une menace pour l'ordre public, la décision contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstance particulière, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième lieu, M. A C soutient que ce refus de titre porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et que contrairement à ce qu'affirme le préfet de l'Isère, il entretient des liens avec ses deux enfants nés sur le sol français puisqu'il les voit très régulièrement, qu'il exerce l'autorité parentale et contribue au quotidien à leur entretien et à leur éducation et que son éloignement du territoire entrainerait la rupture du lien avec ses enfants. Toutefois, le refus de titre de séjour contesté n'a pas pour objet d'éloigner M. A C du territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et en particulier du jugement rendu le 18 avril 2022 par le juge des enfants que ses enfants sont placés auprès de l'aide sociale à l'enfance et si les visites ont repris à sa sortie d'incarcération, M. A C ne justifie pas participer effectivement à leur éducation et à leur entretien. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er :Les conclusions de la requête de M. A C restant à juger sont rejetées.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D A C, à Me Rouvier et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme E et Mme Coutarel, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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