lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | OLIVIER |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n°2306900 enregistrée le 25 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Olivier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
L'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence, est insuffisamment motivé et le préfet n'a pas examiné la situation personnelle du couple.
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru lié par l'avis de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II°) Par une requête n° 2306901 enregistrée le 25 octobre 2023, Mme B D épouse A, représentée par Me Olivier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A reprend les mêmes moyens que ceux développés par M. A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol,
- et les observations de Me Olivier représentant les époux A.
1. M. et Mme A, ressortissants kosovars nés respectivement le 21 avril 1955 et le 22 décembre 1953 ont déclaré être entrés en France le 9 mars 2012. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 11 avril 2013. Ils ont sollicité le 13 mai 2013 la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par jugement du 24 avril 2014 le tribunal a annulé les décisions du 9 septembre 2013 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie leur avait refusé la délivrance de ce titre au motif de l'absence de production de l'avis du médecin de l'agence régionale de santé. Ce dernier saisi à nouveau dans le cadre du réexamen de la demande des requérants a émis un avis qui leur était favorable. Dans ces conditions, le préfet leur a délivré une carte de séjour temporaire valable du 12 septembre 2014 au 11 septembre 2015 puis une seconde valable jusqu'au 25 novembre 2016. A la suite de leur demande de renouvellement de leurs titres le 12 septembre 2016, par arrêtés du 20 décembre 2016, le préfet de la Haute- Savoie a refusé de leur délivrer les titres demandés, les a obligés à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La légalité de ces deux arrêtés a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 11 avril 2017 puis par la cour administrative de Lyon le 6 novembre 2017. Le 5 mars 2021, les époux A ont déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. Les requêtes présentées pour M. et Mme A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :
3. Les arrêtés contestés ont été pris par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 15 décembre 2022, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.
4. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs que l'administration énonce, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier et complet de la situation des époux A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
6. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet, qui s'est livré à un examen complet de la situation personnelle des requérants, se serait senti lié par l'avis de la commission du titre de séjour, qui n'est pas entaché d'une erreur de fait par la seule circonstance qu'il évoque la situation médicale de Mme A. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée ne saurait être accueilli.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (). ".
8. D'une part, la circonstance que les époux A résident en France depuis plus de dix ans est insuffisante en soi pour être regardée comme constitutive d'un motif exceptionnel ou d'une considération humanitaire au sens des dispositions précitées alors que le couple n'a pas exécuté une précédente obligation de quitter le territoire français prise à leur encontre. D'autre part, la commission du titre de séjour a émis le 25 avril 2023 un avis défavorable sur leur admission exceptionnelle au séjour, soulignant notamment que la situation médicale de Mme A s'est améliorée et que des traitements médicaux sont disponibles au Kosovo, qu'ils n'ont aucune possibilité de subvenir à leurs besoins en France par leurs propres moyens, et une très faible voire inexistante maitrise du français ce qui a comme résultat un niveau d'intégration très limité. En l'espèce, ils ont vécu dans leur pays d'origine jusqu'à l'âge de 57 et 59 ans. S'ils se prévalent de la présence de leurs trois enfants majeurs en France dont l'un a obtenu la nationalité française, deux d'entre eux y résident de manière irrégulière et ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Rien ne fait obstacle à ce que leurs deux enfants en situation irrégulière les accompagnent au Kosovo où ils ont vécu la majorité de leur vie et ont nécessairement des attaches. Leurs activités de bénévoles au sein de l'association Yelen et leur participation aux activités organisées par la maison de quartier de la commune de Gaillard ne suffit pas à caractériser une véritable insertion dans la société française. Enfin, ils ne justifient pas encourir de risques en cas de retour au Kosovo de nature à faire obstacle à ce qu'ils puissent y mener une vie privée et familiale normale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les refus de titre de séjour n'ont pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède, que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme B A et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Barriol, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. Sauveplane La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2306901
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026