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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306967

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306967

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306967
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Huard, demande tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 octobre 2023, par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut de base légale ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation de la clause discrétionnaire des articles 16 et 17 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013, une attention particulière devant être portée à sa particulière vulnérabilité conformément à l'article 21 de la directive 2013/33/UE ;

- il est entaché d'une violation de l'article 31 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa pathologie et de ses soins en cours ;

- la notification de la décision de réadmission est insuffisante.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de la date d'audience.

Après avoir, à l'audience publique du 10 novembre 2023, lu son rapport et entendu les observations orales de Me Huard, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A à l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

2. Mme A, ressortissante du Kosovo qui a déclaré être entrée sur le territoire français le 3 juillet 2023, a présenté une demande d'asile le 25 septembre 2023. Les autorités allemandes, qui lui ont délivré un visa de court séjour, ont accepté sa réadmission par un accord du 13 octobre 2023 qui est produit à l'instance. Par l'arrêté du 23 octobre 2023, la préfète du Rhône a décidé de la remise de Mme A aux autorités allemandes.

3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et alors même qu'elles ne reprennent pas l'ensemble des éléments propres à la situation de l'intéressée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Les autorités allemandes, qui ont délivré à Mme A un visa valable jusqu'au 4 octobre 2023, sont responsables du traitement de sa demande d'asile en vertu de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013. Le moyen tiré de ce que l'arrêté serait dépourvu de base légale doit être écarté.

5. Si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Selon l'article 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, les personnes vulnérables sont notamment représentées par les personnes ayant des maladies graves.

6. La requérante soutient qu'elle suit des séances de radiothérapie et produit un certificat d'un médecin du pôle cancérologie de l'hôpital d'Annecy du 13 septembre 2023 selon lequel son état de santé nécessite la poursuite de soins oncologiques. Toutefois, il ne ressort pas de cette seule pièce que ces soins ne pourraient pas être poursuivis en Allemagne sans porter atteinte à l'état de santé de Mme A. Si elle soutient qu'elle est actuellement hébergée par son frère qui séjourne régulièrement en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé nécessite la présence de celui-ci. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa pathologie et de sa situation personnelle en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

7. Il ne ressort pas des pièces versées au dossier que la situation de Mme A relève de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

8. Les éventuelles irrégularités affectant la notification d'une décision étant sans incidence sur la légalité de cette décision, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 est inopérant à l'encontre de l'arrêté contesté.

9. " L'échange d'informations pertinentes avant l'exécution d'un transfert " prescrit par l'article 31 du règlement n° 604/2013 et " l'échange de données concernant la santé avant l'exécution d'un transfert " prescrit par l'article 32 doivent intervenir avant l'exécution d'un transfert. Par suite, la circonstance qu'ils n'ont pas été effectués avant l'édiction de l'arrêté portant remise aux autorités allemandes de Mme A est sans incidence sur la légalité de cet arrêté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Me Huard et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. Pfauwadel

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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