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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306989

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306989

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023, Mme D A, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 octobre 2023, par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités belges ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de l'autoriser à déposer une demande d'asile et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la France est responsable de sa demande d'asile dès lors que sa demande présentée en Belgique a été rejetée et qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- l'arrêté a été pris en violation de l'article 17 (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de la date d'audience.

Après avoir lu son rapport à l'audience publique du 10 novembre 2023, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.

2. Mme A, ressortissante de Guinée qui soutient être entrée sur le territoire français pour la dernière fois le 1er mai 2023, a présenté une demande d'asile le 19 juillet 2023. Les recherches sur le fichier Eurodac ont révélé que ses empreintes digitales étaient identiques à celles relevées en Belgique, où elle a demandé l'asile le 9 avril 2019, et les 16 novembre 2021 et 9 décembre 2022. L'intéressée avait demandé l'asile en France une première fois le 13 juillet 2022 et avait été remise aux autorités belges par un arrêté du 6 septembre 2022 exécuté le 8 décembre 2022. Saisies le 8 août 2023 en application de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, les autorités belges ont accepté la réadmission de Mme A par un accord du 17 août 2023. Par l'arrêté attaqué du 19 octobre 2023, la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités belges.

3. En premier lieu, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application. L'arrêté en litige comportant ces indications, il répond aux exigences de motivation définies par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent est tenu de : () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride ont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. () ".

5. Si Mme A soutient que la demande d'asile qu'elle a présentée en Belgique le 9 avril 2019 a été rejetée et qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, elle ne justifie ni même n'allègue avoir quitté le territoire des Etats membres en exécution de cette mesure. La préfète du Rhône était dès lors fondée à ordonner sa remise aux autorités belges, conformément à l'accord donné par ces dernières en application des dispositions citées au point 4.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".

7. Mme A soutient que depuis son retour en France, soit le 1er mai 2023 selon ses écritures, elle vit en concubinage avec un compatriote, M. C B, détenteur d'une carte de séjour temporaire. A supposer cette circonstance établie, alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante et M. B résideraient à la même adresse, il ne résulte pas de cette seule circonstance que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de sa remise aux autorités belges au lieu de mettre en œuvre la clause dérogatoire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

8. En quatrième lieu, la requérante n'alléguant pas qu'elle risque d'être soumise à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, la requérante, qui n'allègue pas avoir d'enfant, n'est pas fondée à invoquer une violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D A, à Me Blanc et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. Pfauwadel

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306989

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