lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2307004 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CARMIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er novembre 2023, M. D E, représentée par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence dans le département de la Drôme ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, en vertu des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- en prenant une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Drôme a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ainsi que l'article 3-1 de la convention de New-York ;
- en lui refusant un délai de départ volontaire au motif que la conduite sans permis ni assurance constitue une menace pour l'ordre public, le préfet a commis une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même entachée d'illégalité ;
- cette décision méconnait le critère d'ordre public prévu par l'article L. 612-10 elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la décision d'assignation à résidence se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même entachée d'illégalité ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'y étaient pas présentes.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique. :
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né en 1991, est entré en France le 2 mai 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 février 2021. Par un arrêté du 9 mars 2021, le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par jugement du 8 octobre 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête tendant à l'annulation de cet arrêté. A la suite de son interpellation pour conduite d'un véhicule sans permis ni assurance, il a fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement le 5 juillet 2022. Interpellé pour les mêmes faits le 10 octobre 2023, le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. E demande l'annulation de cet arrêté du 10 octobre 2023 ainsi que l'arrêté, pris le même jour, l'assignant à résidence dans le département de la Drôme.
2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. E, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le moyen dirigé contre les deux arrêtés attaqués :
3. Les arrêtés attaqués du 10 octobre 2023 ont été signés par Mme B C, chef du bureau de l'immigration et de l'intégration à la préfecture, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés du 10 octobre 2023 doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "
5. Si M. E réside sur le territoire français depuis mai 2019, il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 9 mars 2021 et 5 juillet 2022. Son épouse est également en situation irrégulière sur le territoire français. Il ne justifie pas d'une insertion professionnelle et plus généralement de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Aucun obstacle avéré ne l'empêche de poursuivre sa vie privée et familiale en Arménie avec son épouse et son jeune enfant. Par suite, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Ainsi qu'il a été dit, M. E et son épouse pourront poursuivre leur vie familiale avec leur jeune enfant en Arménie, pays dont ils ont tous la nationalité. Dès lors, le préfet de la Drôme n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant du couple en prenant l'obligation de quitter le territoire français contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. Le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français qui n'emporte pas fixation du pays vers lequel il peut être reconduit.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Il résulte de ces dispositions que, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative peut se fonder sur différents critères alternatifs, parmi lesquels figure le risque que l'intéressé puisse se soustraire à l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui est présumé lorsqu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement.
10. M. E s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement. Il ne justifie pas de circonstances particulières qui feraient obstacle à ce que le préfet de la Drôme lui refuse de lui accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, en prenant cette décision, le préfet de la Drôme n'a pas méconnu les dispositions précitées alors même que, par ailleurs, son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. M. E n'établit pas l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui du recours en annulation contre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. Le requérant fait valoir que, pour prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, c'est à tort que le préfet de la Drôme s'est fondé sur la circonstance qu'il représenterait une menace à l'ordre public, laquelle n'est pas caractérisée par le seul fait qu'il a conduit un véhicule sans permis ni assurance. Toutefois, indépendamment de ce motif tenant à la menace à l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision d'interdiction, tant dans son principe que dans sa durée d'un an, s'il s'était fondé uniquement sur les motifs tenant à la faible intensité des liens tissés en France par M. E, à sa situation familiale telle qu'exposée au point 5 et à la circonstance qu'il avait déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par les instances compétentes, n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles sa vie serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnait pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
16. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire sur laquelle elle se fonde.
17. Pour les motifs exposés au point 5, le requérant, qui ne fait état d'aucune circonstance qui l'empêcherait de se rendre aux convocations deux fois par semaine au commissariat de Valence, n'établit pas que la mesure d'assignation à résidence du 10 octobre 2023 serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 :La requête de M. E est rejetée.Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Carmier et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
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Le magistrat désigné,Le greffier,
J-L. A P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026