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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307014

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307014

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2023, M. A, représenté par Me Aboudahab, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 26 septembre 2023 rejetant sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : le refus de séjour déféré entraîne nécessairement le retrait de son autorisation de travail et il ne peut plus honorer ses obligations envers son employeur, ni percevoir la rémunération à laquelle il avait droit ;

- la décision méconnait l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article L. 5221-5 du code du travail qui accorde de plein droit une autorisation de travail au mineur prise en charge par l'aide sociale à l'enfance ;

- le préfet devait respecter la procédure contradictoire dès lors que la décision s'analyse comme un retrait implicite de l'autorisation de travail acquise de plein droit ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation de M. A : il est titulaire d'une autorisation de travail et donne satisfaction à son employeur, mais aussi poursuit assidûment des études de CAP dont il a entamé la 3ème et dernière année donnant accès à l'obtention de son diplôme de CAP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et qu'aucun moyen n'est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 octobre 2023 sous le numéro 2306623 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu Me Aboudahab, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 28 juillet 2004, est entré en France le 8 octobre 2020 selon ses déclarations. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance provisoire de placement du 23 novembre 2020 et un jugement du 26 novembre 2020. Il a présenté le 9 juillet 2022, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un contrat d'apprentissage jusqu'au 31 août 2024, il est scolarisé en 2ème année de certificat d'aptitude professionnelle. Le refus de titre de séjour est de nature à entrainer la suspension de son contrat d'apprentissage, le prive de la rémunération attachée à ce contrat et peut entrainer la fin de sa scolarisation. Dès lors, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence.

6. En l'état de l'instruction les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation du requérant sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour attaquée. Par suite, M. A est fondé à demander la suspension du refus de titre de séjour opposé par le préfet de l'Isère. Par voie de conséquence, il y a lieu d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de l'ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Me Aboudahab tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er :M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle

Article 2 : L'exécution du refus de titre de séjour en date du 26 septembre 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la décision.

Article 4 :Les conclusions de Me Aboudahab tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B D A, à Me Aboudahab et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 22 novembre 2023.

Le juge des référés,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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