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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307068

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307068

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 7 décembre 2023, Mme A D, représentée par Me Combes, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 10-1 b de l'accord franco-tunisien ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pfauwadel, président ;

- les observations de Me Combes, avocate de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre à titre provisoire Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Mme D, ressortissante tunisienne née en 1965, est entrée en France le 10 décembre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour portant la mention " ascendant non à charge ". Le 5 janvier 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'ascendant à charge d'une ressortissante française. Par un arrêté du 19 septembre 2023, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui avait reçu à cet effet délégation de signature par un arrêté du préfet du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en cause doit être écarté.

Sur le refus de carte de résidence :

4. Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ci-dessus visé : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () / b) à l'enfant tunisien d'un ressortissant français (), ainsi qu'aux ascendants d'un tel ressortissant et de son conjoint qui sont à sa charge () ". Il résulte de ces dispositions que pour bénéficier d'un titre de séjour en tant qu'ascendant à charge, le demandeur doit notamment démontrer qu'il était à la charge de ses enfants français antérieurement à son entrée en France et solliciter un visa à ce titre. Il doit ainsi démontrer, d'une part qu'il ne dispose pas de ressources propres, et d'autre part qu'il était aidé de manière régulière par ses enfants dans son pays d'origine et que ceux-ci disposaient de moyens leur permettant d'assurer cette charge de manière pérenne.

5. Mme D soutient que ne percevant pas de retraite, elle ne dispose pas de ressources, en particulier pour financer son traitement du diabète. Toutefois, elle ne le justifie par aucune pièce, alors que le préfet soutient sans être contredit qu'elle a été en mesure de justifier de la suffisance de ses ressources auprès des autorités consulaires pour obtenir un visa portant la mention " ascendant non à charge ". La requérante, dont cinq des enfants résident et travaillent en Tunisie, soutient qu'ils ne disposent pas de ressources suffisantes pour l'aider. Les attestations en ce sens de ses enfants, au nombre de quatre seulement, ne permettent pas de déterminer les ressources dont Mme D disposait avant sa venue en France, et sont par conséquent insuffisantes pour établir que la requérante serait à la charge effective de sa fille de nationalité française, Mme B D. Par ailleurs, sur la fiche de renseignements qu'elle a remplie le 1er janvier 2023 où elle a précisé qu'elle était mariée depuis le 6 octobre 1982, la requérante a rayé les mentions " célibataire ", " divorcé ", " veuf " et elle n'allègue pas qu'elle ne bénéficie pas de ressources de son mari. Enfin, les justificatifs de deux envois d'argent de Mme B D à sa mère, le 24 mai 2019 et le 30 novembre 2021, ne suffisent pas à établir que la requérante était aidée de manière régulière par sa fille française. Il suit de là que Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer une carte de résidence, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 10-1 b de l'accord franco-tunisien. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. Mme D soutient qu'elle souffre de diabète. Toutefois, elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, elle a indiqué dans la fiche de renseignements qu'elle a remplie le 1er janvier 2023 que son état de santé ne nécessitait pas de soins médicaux dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et elle ne produit aucune pièce médicale contredisant ces déclarations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D aux fins d'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Combes et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

Mme Coutarel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

F. Permingeat

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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