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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307091

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307091

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023 sous le n°2307091, M. E C, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa situation, le tout dès notification du jugement et sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour en litige est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans la mesure où il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant européen ;

- le refus de titre de séjour en litige est entaché d'une erreur matérielle ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation ;

- le refus de titre méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ce refus méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette obligation méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- cette obligation méconnaît l'article 20 du traité de fonctionnement de l'Union européenne ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 20 du traité de fonctionnement de l'Union européenne.

Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, par lequel il conclut rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023 sous le n°2307093, Mme B D épouse C, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa situation, le tout dès notification du jugement et sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour en litige est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans la mesure où elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant européen ;

- le refus de titre de séjour en litige est entaché d'une erreur matérielle ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation ;

- le refus de titre méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ce refus méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette obligation méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- cette obligation méconnaît l'article 20 du traité de fonctionnement de l'Union européenne ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 20 du traité de fonctionnement de l'Union européenne.

Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, par lequel il conclut rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne :

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- les observations de Me Borges de Deus Correia, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants marocains nés respectivement en janvier 1973 et en mars 1976, seraient entrés en France, selon leurs déclarations, en juillet 2018. Ils ont sollicité, en mai 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'ascendants à charge d'un citoyen de l'Union européenne. Dans la présente instance, ils demandent l'annulation pour excès de pouvoir des arrêtés du 19 septembre 2023 par lesquels le préfet de l'Isère leur a opposé un refus, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes n°2307091 et 2307093, présentées par M. et Mme C présentent à juger les mêmes questions. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () " Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. et Mme C, il y a lieu de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

4. Les arrêtés en litige ont été signés par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère qui avait reçu à cette fin une délégation consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces actes doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois ". Aux termes de l'article L. 200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne () ".

6. La seule circonstance que le fils aîné de M. et Mme C occupe un emploi de chauffeur-livreur à plein temps en contrat à durée indéterminée ne prouve pas qu'ils seraient à la charge de ce dernier. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les refus de titre de séjour en litige méconnaissent les dispositions citées au point précédent. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

7. Il ressort des termes des arrêtés en litige que le préfet de l'Isère a examiné la situation des requérants avant de leur opposer les refus de titre de séjour en litige. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

8. Les requérants ne prouvant pas leur date d'entrée en France, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur matérielle sur ce point. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

9. M. et Mme C possèdent la même nationalité et se trouvent dans la même situation administrative. Ils ont vécu la très grande majorité de leur vie hors du territoire national puisque, à supposer mêmes avérées leurs affirmations selon lesquelles ils seraient arrivés en France en juillet 2018, ils n'y résidaient, à la date des refus contestés, que depuis 5 ans. Ils ne justifient pas s'y être intégrés socialement. Ils ont des attaches familiales au Maroc, en Italie et en Espagne. Dans ces circonstances, la présence en France de deux de leurs enfants majeurs ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée, par les refus de titre de séjour en litige, au droit au respect de leur vie privée et familiale par rapports aux buts en vue desquels ces refus ont été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance, par ces décisions, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. Rien n'indique que les refus de titre de séjour en litige, qui n'ont pas pour effet de séparer les requérants de leur troisième fils encore mineur, âgé de 17 ans, porteraient à la situation de ce dernier une atteinte suffisamment directe et certaine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par ces décisions, de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance, par les décisions faisant obligation à M. et Mme C de quitter le territoire français, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Les requérants ne font état d'aucune circonstance empêchant leur fils encore mineur de les suivre hors de France. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 3-1 de la convention de New-York. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

13. Aux termes de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " () 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ; () Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci ". Aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, intitulé " Droit de séjour de plus de trois mois " : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : [] b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil [] 2. Le droit de séjour prévu au paragraphe 1 s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un État membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'État membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c) ". Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, confèrent au ressortissant mineur d'un État membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un État tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'État membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes.

14. M. et Mme C ne justifient pas disposer de ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur fils encore mineur. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'ils bénéficieraient, du fait de la nationalité italienne de cet enfant, d'un droit de libre circulation et séjour en France auquel les mesures d'éloignement prises à leur encontre contreviendraient. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par M. et Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais des litiges :

16. Eu égard à leur qualité de partie perdante dans les présentes instances, les conclusions présentées par M. et Mme C au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme C sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des requêtes de M. et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme B D épouse C, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, premier conseiller,

Mme Coutarel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2307091 2307093

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