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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307242

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307242

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantJOIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Joie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire dans un délai de sept jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, au profit de Me Joie, ce dernier s'engageant dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat versée dans le cadre de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 décembre 2023.

Par ordonnance du 1er décembre 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Vial-Pailler.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante macédonienne, déclare être entrée en France le 18 avril 2016, accompagnée de son fils. Le 25 avril 2016, elle a déposé une demande d'asile qui a été placée en procédure Dublin. Le 13 décembre 2016, la France est devenue responsable de l'instruction de sa demande. Par une décision du 10 octobre 2017, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande d'asile et le 22 mars 2018, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen du 29 janvier 2018. Le 1er octobre 2018, Mme B a sollicité une protection contre l'éloignement au regard de son état de santé. Dans son avis du 8 janvier 2019, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, au vu de l'offre de soin et du système de santé en Macédoine du Nord, elle pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié, d'autant que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque. Le 18 février 2019, l'intéressée a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire pris par le préfet de la Haute-Savoie et confirmé par le tribunal administratif de Grenoble et la cour administrative d'appel de Lyon. Le 13 décembre 2022, Mme B a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 8 août 2023, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Mme B en demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Savoie par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions attaquées. Le préfet de la Haute-Savoie n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "

6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Mme B soutient qu'elle réside en France depuis sept ans et qu'elle justifie de la nécessité de suivre des soins médicaux. Elle produit un certificat médical du 22 août 2023 selon lequel elle : " présente une lombalgie à répétition sur discopathie dégénérative L5-S1, un asthme persistant sévère nécessitant un traitement chronique à fortes doses et un suivi pneumologique, une athérosclérose très évoluée compliquée de sténose carotidienne gauche pour laquelle elle a bénéficié d'une intervention chirurgicale le 31 05 2023 pour laquelle elle doit bénéficier d'un suivi annuel par échodoppler des troncs supra-aortiques, une hypertension artérielle (HTA) pour laquelle elle prend un traitement chronique, un diabète de type 2 qui nécessite une surveillance régulière, un traitement hypolipémiant afin de maintenir un LDL cholestérol inférieur à 0,7 g/L. "

8. Toutefois, sa durée de présence de 7 ans en France n'a été acquise qu'en raison de son maintien en situation irrégulière malgré une mesure d'éloignement édictée à son encontre le 18 février 2019 et dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative. Au surplus, la durée de sa présence sur le territoire français ne constitue pas un motif exceptionnel ou une considération humanitaire justifiant la délivrance d'un titre de séjour au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, en dehors de son fils majeur, qui se trouve dans la même situation administrative que la sienne, elle ne justifie pas de liens personnels ou familiaux en France alors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 50 ans. Elle ne justifie pas d'une intégration particulière. En ce qui concerne son état de santé, le collège des médecins de l'OFII a considéré, dans son avis rendu le 8 janvier 2019, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et au système de santé dans le pays d'origine, elle pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Le certificat médical du 22 août 2023, mentionné ci-dessus, établi par un généraliste français ne permet pas de remettre en cause l'avis collège des médecins de l'OFII selon lequel elle peut bénéficier d'un traitement approprié et d'un suivi adapté en Macédoine. Par suite, la situation de la requérante ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires et des motifs exceptionnels pouvant justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

9. Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle n'a pas formé de demande de titre de séjour.

10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi () ".

11. Malgré sa durée de présence en France, due essentiellement à son maintien en situation irrégulière en méconnaissance de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée en 2019, la requérante ne justifie ni d'une intégration ni de perspectives particulières sur le territoire français. Son fils est dans la même situation administrative qu'elle. Par suite, en refusant de régulariser Mme B, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination

12. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de la contestation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de la décision de refus de séjour, ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Joie et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLILe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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