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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307245

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307245

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", ou à défaut de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la lecture du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure en ce que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne comporte pas le nom et la signature des médecins l'ayant établi ; il n'est pas démontré que le médecin ayant établi le rapport médical n'aurait pas pris part à l'avis et le collège de médecins a rendu son avis sans la garantie qu'il pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 décembre 2023.

Par ordonnance du 4 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vial-Pailler,

- et les observations de Me Terrasson, représentant M. B.

Considérant de ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1952, déclare être entré en France en 2022. Il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 juillet 2023 le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande de production de l'entier dossier médical :

2. Si le demandeur entend contester le sens de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en sollicitant le cas échéant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. Par suite, dans la mesure où l'avis du collège des médecins de l'OFII et plusieurs pièces médicales produites par le requérant figurent au dossier, il n'y a en tout état de cause pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la communication de l'entier dossier médical par l'OFII.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, sans qu'il soit nécessaire de citer les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contrairement à ce que soutient le requérant. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'il comporte les noms des trois médecins formant le collège ayant délibéré sur l'état de santé de M. B. Il s'agit de médecins différents de celui ayant établi le rapport médical. Dès lors, ces vices de procédures manquent en fait et doivent donc être écartés. Enfin, le même avis ne se prononce pas sur la disponibilité de l'offre de soin dans le pays d'origine du requérant, dès lors que le collège de médecins de l'OFII a estimé que le défaut de prise en charge médicale n'aurait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que le collège de médecins de l'OFII se serait prononcé sans la moindre garantie de ce que M. B pourrait profiter d'un traitement approprié dans son pays d'origine est inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Le tribunal doit s'assurer, eu égard à la pathologie du requérant, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès. Il ne lui appartient pas de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France.

8. M. B soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

9. Toutefois, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet de l'Isère s'est fondé sur un avis du collège de médecin de l'OFII indiquant que, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. B, qui souffre d'un œdème cornéen de l'œil gauche, fournit, notamment, une attestation d'un cabinet médical situé en Côte d'Ivoire, indiquant que l'intéressé a subi une deuxième greffe de cornée le 7 novembre 2023 en France car la Côte d'Ivoire ne dispose pas de chirurgiens ainsi que de plateau technique indispensable pour ce type d'intervention chirurgicale, ce document ne suffit pas à remettre en cause l'avis de l'OFII sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité d'un arrêt de sa prise en charge. Il ne permet pas davantage d'en déduire que ce pays ne serait pas en mesure d'assurer son suivi médical après l'intervention chirurgicale subie par M. B en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :

10. La décision refusant le titre de séjour n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, M. B ne peut pas invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : [] 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. [] ".

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés.

13. Il résulte de tous ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celle présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Terrasson et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le président, rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

La première assesseure,

I. FRAPOLLILe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2307245

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