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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307322

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307322

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2023 sous le n° 2307322, M. E B, représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48h ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par un auteur incompétent ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2023, M. B conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que :

- le préfet a méconnu le devoir de loyauté, le droit d'être entendu et le principe général de droit de l'Union européenne du droit de la défense et de la bonne administration ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité des décision précédentes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II) Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2023 sous le n° 2307320, Mme D B née C, représentée par Me Coutaz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48h ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par un auteur incompétent ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2023, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

- le préfet a méconnu le devoir de loyauté, le droit d'être entendu et le principe général de droit de l'Union européenne du droit de la défense et de la bonne administration ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée de défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité des décision précédentes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Coutaz, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M.et Mme B, de nationalité algérienne, déclarent être entrés en France le 25 août 2015. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rendues le 19 décembre 2016 et confirmées le 29 mars 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. Par des arrêtés du 5 mars 2018 confirmés par le tribunal administratif de Grenoble le 21 juin 2018 et la cour administrative d'appel de Lyon le 3 décembre 2018, le préfet de la Drôme les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'une famille d'étrangers. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M.et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. M. et Mme B soutiennent que le préfet a méconnu le devoir de loyauté, le droit d'être entendu et le principe général de droit de l'Union européenne du droit de la défense et de la bonne administration au motif que Mme B a été convoquée le 24 octobre 2023 à une réunion prévue le 13 novembre 2023 sans être informée de l'objet réel de cette convocation. Toutefois, Mme B avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 août 2021 confirmée par le tribunal de céans le 1er juillet 2021 et la cour administrative d'appel le 8 novembre 2022. Or Mme B n'a pas déféré à ces décisions et s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire national. En outre, il lui était loisible d'apporter lors de cette réunion du 13 novembre 2023 tous éléments nouveaux de nature à régulariser sa situation. Le moyen sera écarté.

5. Les arrêtés attaqués qui mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants et les considérations de droit sur lesquels ils se fondent sont suffisamment motivés au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontrent que la situation des intéressés a fait l'objet d'un examen particulier et préalable. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen particulier et préalable doivent être écartés.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

7. M. et Mme B font valoir la scolarité de leurs enfants et la circonstance que M. B a trouvé un emploi stable. Toutefois, les intéressés sont en situation irrégulière et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine .Ainsi, eu égard notamment aux conditions et à la durée de leur séjour en France, les requérants ne sont fondés à soutenir ni que les décisions attaquées ont porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ces décisions et ont donc violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni qu'elles ont méconnu l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Compte tenu de ce qui a été indiqué ci-dessus M. et Mme B ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation des décisions fixant le pays de destination.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'Etat aux frais irrépétibles du procès doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. et Mme B sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme D B née C, à Me Coutaz et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. A Le greffier,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 2307320

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