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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307365

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307365

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNAMIECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 novembre 2023 et le 23 novembre 2023, la commune de Reventin-Vaugris, représentée par la SAS Huglo Lepage, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du préfet de l'Isère du 18 septembre 2023 portant cessibilité des terrains et propriétés nécessaires à l'expropriation et emportant transfert de gestion des parcelles concernées pour la création d'un complément au demi-diffuseur n°11 de Vienne Sud à Reventin-Vaugris, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que celle-ci est présumée en matière d'arrêté de cessibilité et que la décision attaquée porte atteinte à la protection du domaine public de la commune de Reventin-Vaugris et que la préservation du domaine public étant un impératif d'ordre constitutionnel, il y a urgence à suspendre l'arrêté de cessibilité afin que le juge de l'expropriation ne prononce pas l'expropriation de biens relevant du domaine public communal ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté : s'agissant du chemin du Pavillon, aucune surface totale n'est mentionnée s'agissant des parcelles numérotées AM 335, AM 336, AR 354 et AR 351, 352 et 353, l'arrêté prévoit une surface hors emprise de 81m² sur une parcelle nouvelle numérotée AM 354 issue du démembrement d'une parcelle AM dont le numéro n'est pas indiqué et sans que soit indiquée l'emprise du projet, ainsi qu'une surface hors emprise de 81m² sur une parcelle numérotée AR 353 issue du démembrement d'une parcelle AR dont le numéro n'est pas indiqué et sans que soit indiqué l'emprise du projet ; pour ces derniers cas, la partie de ces parcelles située dans l'emprise n'est pas davantage identifiée ni identifiable en l'absence de mention de la surface totale, alors qu'une large partie du chemin du Pavillon est hors emprise de l'opération d'expropriation : ainsi, à supposer qu'un document d'arpentage ait été établi, les éléments qui en résultent ne permettent pas d'identifier avec suffisamment de précision la surface de la parcelle existante, la surface exacte de la parcelle à exproprier et la surface exacte de la parcelle restante après expropriation ; en tout état de cause, le contenu de l'arrêté de cessibilité ne respecte pas les prescriptions minimales qui résultent des dispositions des articles R. 132-2 et R. 132-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique et de l'article 7 du décret du 4 janvier 1955 dont il résulte que l'arrêté de cessibilité doit identifier la superficie exacte de chaque parcelle à exproprier et que lorsque l'arrêté de cessibilité déclare cessibles des parties de parcelles, un document d'arpentage doit être préalablement réalisé de manière à ce que l'arrêté de cessibilité désigne les parcelles concernées conformément à la numérotation issue de ce document ;

- l'arrêté déclare cessible la parcelle AR 351 qui ne peut être l'objet d'une expropriation pour cause d'utilité publique dès lors qu'il s'agit d'une partie du chemin du Pavillon dont il résulte d'une délibération du 27 février 2014 et de ses annexes qu'il fait partie de la voirie communale depuis 1984 ; même si elle est désaffectée, cette partie du chemin n'a fait l'objet d'aucun acte de déclassement qui aurait eu pour effet de la faire sortir du domaine public communal et un déclassement ne peut être implicite ; la délibération du conseil municipal du 16 mai 2002 ayant adopté le plan de classement de la voirie sans prononcer le déclassement envisagé d'une partie du chemin du Pavillon, celle-ci fait toujours partie du domaine public communal ;

- faute pour l'arrêté de comporter dans son dispositif un article permettant le transfert de gestion au profit d'ASF, l'arrêté est illégal dès lors qu'il méconnaît le principe d'inaliénabilité du domaine public et les dispositions de l'article L. 2123-5 du code général de la propriété des personnes publiques et de l'article L. 132-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique et prive la commune du droit d'être indemnisée du préjudice résultant de la perte de la maîtrise de la gestion de la parcelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'intérêt général majeur qui s'attache au projet de demi-diffuseur de l'autoroute est de nature à renverser la présomption d'urgence en matière d'arrêté de cessibilité ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire enregistré le 4 décembre 2023, la société Autoroutes du sud de la France, représentée par Me Namiech, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la limitation des effets de la suspension aux seuls éléments discutés par la commune de Reventin-Vaugris sur les parcelles formant assiette du chemin du Pavillon et à la mise à la charge de cette commune d'une somme de 5000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 novembre 2023 sous le numéro 2307147 par laquelle la commune de Reventin-Vaugris demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 décembre 2023 en présence de M. Palmer, greffier d'audience, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bales, avocate de la commune de Reventin-Vaugris, qui demande la suppression du passage du mémoire de la société Autoroute du sud de la France commençant par " Cet arrêté a été retiré " et se termine par " sur la nature juridique de certaines parcelles ", ainsi que le passage commençant par " l'attitude de la commune " et se termine par " pas forcément conservées par la préfecture " qu'elle estime outrageant et diffamatoire à l'égard de la commune ;

- les observations de M. A, représentant le préfet de l'Isère ;

- les observations de Me Namiech, avocat de la société Autoroutes du sud de la France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée par la commune de Reventin-Vaugris a été enregistrée le 6 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la commune de Reventin-Vaugris n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du préfet de l'Isère du 18 septembre 2023 portant cessibilité des terrains et propriétés nécessaires à l'expropriation et emportant transfert de gestion des parcelles concernées pour la création d'un complément au demi-diffuseur n°11 de Vienne Sud à Reventin-Vaugris. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées.

3. Contrairement à ce que soutient la commune de Reventin-Vaugris, les termes du mémoire de la société Autoroute du sud de la France n'excèdent pas les limites de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse. Dès lors, il n'y a pas lieu d'en prononcer la suppression par application des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881, reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, qui permettent aux tribunaux, dans les causes dont ils sont saisis, de prononcer la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Reventin-Vaugris demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Reventin-Vaugris la somme demandée la société Autoroutes du sud de la France au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune de Reventin-Vaugris est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Reventin-Vaugris tendant à l'application de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de la société Autoroutes du sud de la France présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Reventin-Vaugris, au préfet de l'Isère et à la société Autoroutes du sud de la France.

Fait à Grenoble, le 10 janvier 2024.

Le juge des référés,

T. Pfauwadel

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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