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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307400

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307400

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et un mémoire enregistrés le 19 et le 23 novembre 2023, Mme C D épouse A, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2023-GT-063 A du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'arrêté 2023-GT-063 B du 17 novembre 2023 l'ayant assignée à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait son droit à une vie privée et familiale qui s'exerce désormais en France

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il méconnait les stipulations de l'article 3-1° de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché de l'illégalité de l'arrêté qui prononce son éloignement du territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York, le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 23 novembre 2023, à 14 heures, a appelé l'affaire et a présenté son rapport. Les parties ne sont ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme C D épouse A.

2. Mme C D épouse A, ressortissante algérienne âgée de 42 ans, déclare être entrée en France le 26 juillet 2021. Par arrêté du 17 novembre 2023, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, elle a été assignée à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

5. Mme A déclare résider en France depuis le 26 juillet 2021. Toutefois, elle a constamment résidé en situation irrégulière sans chercher à régulariser son droit au séjour. Elle fait état de problème de santé mais n'établit pas qu'elle ne peut pas être suivie pour un diabète type 2 en Algérie ou y recevoir le traitement médical adapté. Si elle soutient vivre avec ses enfants, nés en 2011 et 2014, et que ceux-ci sont scolarisés en France, rien ne fait obstacle à ce que la famille, dont tous les membres sont de même nationalité, retourne vivre en Algérie où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. En France, Mme A ne se prévaut d'aucune insertion. Elle est sans ressource et est défavorablement connue des services de police. Ayant vécu jusqu'à l'âge de 40 ans en Algérie, elle y conserve nécessairement des attaches. Dans ces circonstances, et eu égard à la durée et aux conditions de séjour de la requérante en France, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, Mme A soutient que le préfet de l'Isère ne s'est pas livré à un examen suffisant de sa situation personnelle. Toutefois, elle n'invoque aucun élément que le préfet aurait omis de prendre en compte dans l'appréciation de sa situation. Le moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants et de l'empêcher de pourvoir à leurs besoins et à leur éducation. En outre, ces stipulations ne garantissent pas la scolarisation des enfants en France exclusivement. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

10. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des deux ordonnances médicales du 21 juillet 2023 et 3 octobre 2023 versées au dossier par la requérante que le préfet de l'Isère disposait à la date de l'arrêté attaqué, d'éléments d'information précis lui permettant de considérer que l'état de santé de Mme A était susceptible de la faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

12. Il résulte de ce qui a été dit que Mme A, qui n'a pas démontré l'illégalité de l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne peut obtenir l'annulation de cet arrêté. Elle n'est, dès lors, pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision d'assignation à résidence.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées. Il y a donc lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1990.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse A, à Me Deme et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le magistrat désigné,La greffière,

Mme E Mme B

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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