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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307448

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307448

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B D, ressortissant égyptien, qui contestait le refus du préfet de l'Isère d’accorder le regroupement familial pour son épouse et ses deux enfants. Le tribunal a écarté l’ensemble des moyens soulevés, notamment l’incompétence du signataire, le défaut de consultation du maire, la violation du droit d’être entendu et la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. La décision s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en particulier les articles L. 434-7, L. 434-10 et R. 434-23.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2023 et le 23 février 2024, M. B D, représenté par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté la demande de regroupement familial présentée en faveur de son épouse et de ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder le bénéfice du regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte journalière de 100 euros ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la décision est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu pour faire valoir ses arguments ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues ;

- rien ne permet de retenir que le maire de la commune de résidence a effectivement été sollicité pour avis, en application des dispositions des articles R. 434-13 et R. 434-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2024, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Le bénéfice de l'aide juridique totale a été accordé à M. B D par une décision du 6 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 juin 2024, Mme Letellier a lu son rapport. Me Borges De Deus Corriea a présenté des observations pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant égyptien, a présenté le 1er avril 2021 une demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de ses deux enfants nés respectivement en 2017 et 2019.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, chef du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, régulièrement publié, incluant les " refus d'admission au séjour au titre du regroupement familial ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier, cet avis est réputé favorable. ".

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis de l'OFII transmis par le préfet de l'Isère qu'il comporte en page 2 la mention : " avis du maire sur le logement et les ressources. Sur le logement : avis favorable implicite et sur les ressources : avis favorable implicite ". Ce document, signé par la directrice territoriale de l'OFII, qui comporte un avis du maire favorable au requérant, fait foi jusqu'à preuve du contraire. Le requérant, qui se borne à soutenir qu'il appartient au défenseur d'apporter la preuve de la saisine du maire de la commune de résidence, n'apporte aucun commencement de preuve permettant de retenir que la consultation n'a pas été faite. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, en présentant une demande de regroupement familial, l'intéressé a eu tout loisir de faire valoir en préfecture les éléments permettant de voir sa demande prospérer. Le requérant ne fait d'ailleurs pas état, dans la présente instance, d'éléments de nature à infléchir la décision du préfet de l'Isère. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () " et de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes () ".

7. Il résulte de la combinaison des dispositions mentionnées ci-dessus que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période. Lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable, notamment en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

8. Pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que les revenus du foyer sont insuffisants, en l'occurrence d'une moyenne de 914 euros nets mensuels alors que pour un foyer de 4 personnes, les revenus doivent être au moins de 1 335 euros à la date de la décision attaquée.

9. M. D ne conteste pas qu'il ne dispose pas des revenus suffisants pour assurer les besoins de son foyer composé de lui-même, de sa conjointe, de leurs deux enfants et d'un enfant né d'une précédente union. S'il soutient que ses revenus pour l'année 2022 se sont élevés à 12 214 euros, ce qui reste inférieur au revenu minimum, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère ne s'est pas mépris en retenant que le requérant ne remplit pas les conditions mentionnées à l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère s'est cru en situation de compétence liée ou qu'il n'ait pas examiné l'intégralité du dossier de M. D qui ne fait état, dans la présente instance, d'aucun élément que le préfet de l'Isère n'aurait pas pris en considération. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dans toutes ses branches.

10. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine.

11. M. D soutient que sa vie privée et familiale est ancrée sur le territoire français, qu'il y réside depuis près de quinze ans et qu'il est régulièrement employé comme intérimaire. Il fait état de ce qu'il doit supporter la charge de deux foyers, le sien en France avec un enfant né d'une autre union, l'autre en Egypte constitué de ses deux enfants et de son épouse égyptienne qui ne travaille pas. Toutefois, il n'apporte aucun élément de démonstration à ses allégations. En outre, M. D ne fait pas état d'élément circonstancié sur sa situation familiale, les seules informations sur la famille du requérant ayant été portée à la connaissance du tribunal par l'avis de l'OFII. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en rejetant sa demande de regroupement familial. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Les liens qui unissent M. D à ses deux enfants vivant en Egypte ne ressortent pas des pièces du dossier. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant auraient été méconnues.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions en injonction sous astreinte, y compris les conclusions de son conseil tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. D est rejetée.

Article 2 :les conclusions de Me Borges De Deus Correia tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Borges De Deus Correia et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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