lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2307540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une carte de séjour temporaire et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire :
- elle est insuffisamment motivée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Barriol, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant kosovar, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 12 mai 2014 selon ses déclarations et a déposé une demande d'asile le 22 août 2014 qui a été rejetée en dernier lieu le 31 mars 2016 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 11 août 2014, il a déposé une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de la Haute-Savoie en qualité d'étranger malade. Il a obtenu des autorisations provisoires de séjour jusqu'en juillet 2016 puis des cartes de séjour temporaire jusqu'au 19 octobre 2018. Le 25 juillet 2019, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 2 juin 2020, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. La légalité de cette décision a été confirmée par la cour administrative d'appel de Lyon par un arrêt du 19 juillet 2021. Le 7 mars 2022, M. A a déposé une demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales. Par un arrêté du 6 juillet 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 12 décembre 2022 et par une ordonnance de la cour administrative de Lyon du 22 mai 2023. Le 28 juillet 2023, M. A a déposé une nouvelle demande de protection contre l'éloignement pour raisons médicales sur le fondement du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusée par un arrêté du 18 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et dont il demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
4. M. A est atteint d'une leucémie pour laquelle il est suivi au centre hospitalier d'Annecy depuis 2014. Par un avis du 28 septembre 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a indiqué que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Cet avis confirme les deux avis précédemment donnés par ce même collège le 14 avril 2022 et le 13 décembre 2019 sur l'état de santé de l'intéressé. Si le requérant conteste cette appréciation, il produit deux certificats médicaux du 20 juillet 2020 et du 12 août 2022 établis par des médecins du centre hospitalier d'Annecy et deux rapports médicaux rédigés par un médecin kosovar qui ont déjà été appréciés par le tribunal et la cour administrative de Lyon et qui n'apporte donc aucun élément nouveau sur l'évolution de son état de santé. Le certificat médical du 23 mars 2023 du centre hospitalier d'Annecy atteste que l'intéressé est suivi en hématologie et mentionne qu'il est actuellement en rechute sans critère immédiat de traitement, ce qui reprend les termes du certificat du 12 août 2022. Aucune de ces pièces et notamment pas l'ordonnance bizone du 27 avril 2023 prescrivant des examens au laboratoire de l'hôpital n'établit que la maladie de l'intéressé ne puisse être traitée dans son pays d'origine. Il ne démontre pas davantage l'indisponibilité de son traitement en citant des rapports de l'OSAR du 1er septembre 2010 et du 6 mars 2017. Enfin, les pièces produites ne permettent pas davantage de corroborer les affirmations du requérant selon lesquelles le coût des traitements médicaux l'empêcherait d'y avoir accès. Ainsi, M. A n'établit pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Kosovo, il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans ce pays, comme l'a estimé l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans l'avis du 28 septembre 2023 le concernant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
6. M. A fait valoir qu'il séjourne en France depuis 2014 soit plus de 9 années de présence, qu'il fait preuve d'une bonne intégration, qu'il s'est vu reconnaitre le statut de travailleur handicapé, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche et qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour réceptionnée le 7 août 2023 par les services de la préfecture. Toutefois, la durée de séjour de M. A n'est due qu'aux soins qui lui ont été prodigués compte tenu de son état de santé et de l'absence d'exécution de deux précédentes obligations de quitter le territoire français prises à son encontre en 2020 et 2022. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident son épouse et ses quatre enfants et où il a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans. La circonstance qu'il se soit vu reconnaître le statut de travailleur handicapé par une décision du 23 juillet 2019 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées ne saurait justifier de son insertion professionnelle sur le territoire français. Ainsi, en dépit du dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et alors même qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L.612-11 ".
8. Il résulte des dispositions rappelées ci-dessus que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
9. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de la Haute-Savoie a visé les articles L. 612-8 et L. 612-10 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant en compte l'ensemble des critères mentionnés par l'article L. 612-10 du même code, puis a énoncé les considérations de fait qui ont justifié cette mesure. Il a mentionné qu'il a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire le 2 juin 2020 et le 2 juillet 2022, qu'il ne justifie pas d'attaches familiales en France et qu'il n'est pas démuni de lien familial dans son pays d'origine où résident son épouse et leurs quatre enfants et où il a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans. Dans ces circonstances, il n'est pas établi que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen préalable de la situation du requérant au regard des critères susvisés et la décision est suffisamment motivée. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français, alors même qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions accessoires aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées ainsi que celles présentées par son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er :M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 :Les conclusions de Me Blanc tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Barriol, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026