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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307554

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307554

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire enregistrés le 24 novembre 2023 et le 27 novembre 2023, M. B D, représenté par Me France, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 21 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une année ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, sous astreinte de 50 euros par jour de retard applicable après un délai de 15 jours courant à compter de la date de notification du jugement, de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois courant à compter de la date de notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a commis une erreur de droit en prononçant une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a entaché sa décision d'une défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet a entaché sa décision d'une défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les pièces transmises par le préfet de la Savoie et notamment la fiche pénale établie par la direction de l'administration pénitentiaire faisant état d'une levée d'écrou de M. D le 2 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. Argentin les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 :

- le rapport de M. Argentin, magistrat désigné ;

- les observations de Me France représentant M. D.

L'instruction a, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été close après que les parties ont formulé leurs observations orales.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant albanais, né en 2000, a, le 10 mai 2019, sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 18 juin 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Cette décision a été contestée devant la Cour nationale du droit d'asile qui a rejeté le recours contentieux par une décision du 30 octobre 2019. Par un arrêté du 24 septembre 2019 le préfet de la Savoie a obligé M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour de deux ans sur le territoire national. M. D s'est marié à une ressortissante française le 9 septembre 2022 en Albanie. Par un jugement du 22 mars 2023, le tribunal correctionnel de Chambery a condamné M. D à une peine de 10 mois d'emprisonnement délictuel. Par l'arrêté contesté du 21 novembre 2023 le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une année.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du litige, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. L'arrêté contesté a été signé par Mme C A, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation spéciale de signature concernant la police des étrangers, consentie par un arrêté du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Savoie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. Les décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français mentionnent de façon suffisamment précises les considérations de droit ainsi que les éléments de fait propres à la situation de M. D sur lesquels elles se fondent. Ainsi, elles satisfont à l'obligation de motivation résultant respectivement des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de forme dont elles seraient entachées manquent en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ". M. D soutient qu'il résidait en France depuis plus de trois mois à la date de la décision contestée et que, par conséquent, le préfet ne pouvait prononcer une mesure d'éloignement sur le fondement des dispositions précitées. Toutefois, M. D ne justifie d'aucune durée de résidence en France en situation régulière. En outre, les périodes d'incarcération en France ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la rédaction de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que le préfet de la Savoie a procédé à un examen particulier de sa situation avant de l'obliger à quitter le territoire français et de prononcer une interdiction de retour. Par suite, le moyen correspondant manque en fait et doit être écarté.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a quitté la France au cours de l'année 2019 à la suite de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre sans toutefois justifier ni la date de son retour sur le territoire national ni d'un séjour habituel. Si le requérant fait valoir qu'il s'est marié, le 9 septembre 2022, en Albanie avec une ressortissante française, il est constant que la demande de transcription du mariage sur les registres de l'état civil français a fait l'objet, le 21 août 2023, d'une opposition du procureur de la République. En outre, le requérant n'a jamais résidé sur le territoire français en situation régulière et ne dispose d'aucune ressource ni de de perspective d'intégration professionnelle. Par suite, M. D n'établit pas avoir en France des liens privés anciens, intenses et stables alors, au demeurant, qu'il n'est pas dépourvu de tous liens familiaux dans son pays d'origine où résident notamment ses parents. De plus, M. D a été condamné, le 22 mars 2023, par le tribunal correctionnel de Chambéry à une peine de 10 mois d'emprisonnement délictuel pour des faits de transport, de détention, offre ou cession et acquisition non autorisés de stupéfiants. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France le préfet de la Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en obligeant M. D à quitter le territoire français.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations du requérant aux service de police du 21 mars 2023, que ce dernier s'est déclaré comme étant un surconsommateur de drogues dures et a précisé avoir participé à des trafics de stupéfiants. M. D a été pénalement condamné, le 22 mars 2023, pour des faits de transport, de détention, offre ou cession et acquisition non autorisés de stupéfiants. Dès lors, compte tenu, d'une part, de l'absence de liens privés et familiaux stables en France et, d'autre part, de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, le préfet de la Savoie n'a pas porté, en dépit des relations qui l'unissent à sa compagne telles que déclarées par les intéressés, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année.

9. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 7 et 8 que M. D n'est pas fondé à soutenir que les décisions contestées méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :

11. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me France et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. ArgentinLe greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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