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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307619

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307619

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, M. E A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre préfet de la Drôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 € par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de condamner l'État à payer à son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37-2 de la loi du 10 juillet 1991 et en toute hypothèse, une somme qui ne saurait être inférieure au montant de l'aide juridictionnelle majoré de 50 %.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué et entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Drôme n'a pas procédé à un examen individualisé de sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet de la Drôme a méconnu le principe de bonne administration et ne l'a pas mis à même de produire des observations orales ou écrites avant la prise de décision ;

- la décision est entachée d'erreur de droit car le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023 le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, Mme D A représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 € par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de condamner l'État à payer à son conseil la somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'articles 37-2 de la loi du 10 juillet 1991 et en toute hypothèses, une somme qui ne saurait être inférieure au montant de l'aide juridictionnelle majoré de 50 %.

Mme. A soutient que :

- l'arrêté attaqué et entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen individualisé de sa situation personnelle et familiale ;

- le Préfet a méconnu le principe de bonne administration et ne l'a pas mis à même de produire des observations orales ou écrites avant la prise de la décision attaquée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit car le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023 le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ,

- et les observations de Me Borges de Deus Correia , représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants de nationalité Afghane sont entrés sur le territoire français le 16 mars 2023. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes d'asile comme étant irrecevables le 12 septembre 2023, au motif qu'ils bénéficiaient d'une protection internationale en Lettonie. Le 16 octobre 2023 le préfet de la Drôme leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple d'étrangers et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. et Mme A, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

4. Par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Drôme a donné à M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

5. Les arrêtés attaqués qui mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants et les considérations de droit sur lesquels ils se fondent sont suffisamment motivés au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et démontrent que la situation des intéressés a fait l'objet d'un examen préalable. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'absence d'examen préalable et particulier de leur situation doivent être écartés.

6. Le droit des requérants d'être entendus, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ils ont eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'ils estimaient utiles lors du dépôt de leur demande d'asile et en cours d'instruction de leur demande. En tout état de cause, M. et Mme A ne justifient pas d'éléments qu'ils auraient vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens des décisions contestées. En conséquence, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le Préfet a méconnu le principe de bonne administration et ne les a pas mis à même de produire des observations orales ou écrites avant la prise des décisions attaquées.

7. Il ne ressort pas de la lecture des décisions attaquées que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. L'entrée en France des requérants est récente. Aucun élément ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée de M. et Mme A, se reconstitue dans leur pays d'origine où ils conservent nécessairement des attaches personnelles et sociales. Les intéressés ne démontrent aucune intégration ni insertion professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour en France les requérants ne sont fondés à soutenir ni que les décisions attaquées portent à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

10. Pour le motif indiqué au point 9 le moyen tiré le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'Etat au titre des frais irrépétibles du procès doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M.et Mme A sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M.et Mme A sont rejetées.

Article 3 : Les présent jugements seront notifiés à M. et Mme A, à Me Borges de Deus Correia et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

S. B Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2307619, 2307620

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