jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2307671 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 novembre 2023 et le 18 décembre 2023, M. D B, représenté par Me Combes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer toute mention de M. B du fichier Schengen ;
4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'incompétence ;
- il méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ban,
- les observations de Me Combes représentant M. B et de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 15 juillet 2005, soutient être entré en France en juillet 2020. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du conseil départemental de la Savoie jusqu'à sa majorité. Le 22 juin 2023, il a demandé son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 20 octobre 2023, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours.
Sur l'aide juridictionnelle
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ", il y a lieu eu égard aux dispositions précitées d'admettre provisoirement B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. Le refus de titre de séjour du 20 octobre 2023 contesté a été signé par Mme E C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature concernant la police des étrangers, consentie par un arrêté du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Savoie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été scolarisé au cours de l'année 2020-2021 en classe de troisième " prépa métiers " au lycée Le Nivolet de La Ravoire puis il a poursuivi une formation en vue d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de " monteur d'installations sanitaires ", au titre des années scolaires 2021-2022 et 2022-2023.
5. Ses bulletins font apparaître, au titre de l'année scolaire 2020-2021, une mise en garde quant à son travail, à son comportement et aux 19 demi-journées d'absence injustifiées. Au titre de l'année scolaire suivante, ses bulletins comportent des observations négatives portant sur son travail et sa conduite. Il en est de même des bulletins afférents à l'année 2022- 2023 correspondant à sa seconde année de CAP qui mentionnent un " comportement intolérable " et des " résultats très décevants " qui ont l'ont conduit, au demeurant, à ne pas obtenir son diplôme. La condition de sérieux dans le suivi de sa formation n'est donc pas remplie.
6. En outre, il ne justifie pas du suivi d'une formation l'année scolaire 2023-2024. A cet égard, s'il fait valoir qu'il a souhaité se réorienter dans la restauration après sa formation et a pu signer un contrat à durée indéterminée en qualité d'employé polyvalent dans une chaine de restauration rapide le 17 juillet 2023, il ne peut pas être regardé, pour autant, comme suivant, à la date de l'arrêté attaqué, une formation professionnelle au sens de de l'article L. 423-22 précité ni d'ailleurs comme justifiant d'une réelle insertion professionnelle en France.
7. Par ailleurs, si sa mère est décédée, il ressort de sa lettre du 22 juin 2023 qu'il conserve des contacts une fois par mois avec sa grande sœur résidant en Côte d'Ivoire où demeurent également son père et sa sœur cadette.
8. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et malgré l'avis favorable de la structure d'accueil, le préfet de la Savoie n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. M. B, célibataire et sans charge de famille, serait entré en France en juillet 2020. Il ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français. La circonstance qu'il a occupé un emploi d'équipier polyvalent en contrat à durée indéterminée ne suffit pas à caractériser une intégration professionnelle en France. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de ce qu'elle devrait être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Combes et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Callot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le rapporteur,
J-L. Ban
La présidente,
A. Triolet La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2307671
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026