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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307847

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307847

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I Par une première requête et des mémoire enregistrés les 6 et 11 et 17 décembre 2023 sous le n° 2307847, le Syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés de l'Isère (SA SPP-PATS 38), le syndicat CGT des personnels du SDIS de l'Isère, le syndicat Sud SDIS 38, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de l'Isère sur sa demande du 26 mars 2023 tendant à la désignation d'un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du conseil médical départemental ; de suspendre l'exécution du refus explicite du président du conseil médical d'écarter les avis émis par un médecin qui ne détient pas la qualité de médecin de prévention ;

- 2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de désigner un médecin de sapeurs-pompiers afin de respecter les dispositions de l'article 9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987, dans le délai de dix jours suivant la décision à intervenir ;

- 3°) de suspendre l'exécution du refus du président du conseil médical départemental en date du 28 juillet 2023 d'écarter les documents rédigés par le Dr A (notamment ses avis) ;

- 4°) d'enjoindre au au président du conseil médical départemental d'écarter des dossiers qu'il instruit les documents rédigés par le Dr A ;

Les syndicats requérants soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie : les refus du préfet et du président du CMD préjudicient aux intérêts des sapeurs-pompiers professionnels que les syndicats ont pour mission de défendre ; tous les avis émis par le CMD sont entachés d'un vice de procédure puisque le Dr A n'est ni le médecin de prévention ni le médecin désigné par le préfet ; le Dr A ne fait pas preuve d'indépendance vis- à-vis de son employeur, usurpe le titre de médecin de prévention et rédige des rapports tendancieux, manquant ainsi à ses obligations déontologiques ; les documents produits par le Dr A et ses avis sont susceptibles d'avoir une influence sur les avis du CMD ; dès lors qu'il n'est ni le médecin de prévention ni le médecin désigné par le préfet, les documents qu'il produit doivent être écartés par le président du CMD ; par ailleurs, ces documents ont indéniablement une influence sur les décisions prises par l'autorité de gestion du SDIS qui ne suit pas les avis favorables rendus par le CMD, s'agissant par exemple de l'octroi du CITIS, prévu à l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique territoriale ; la circonstance qu'il n'y a plus au SDIS de médecin de prévention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels depuis plus de huit ans a pour effet d'instituer une véritable discrimination entre les agents du SDIS, les personnels administratifs et techniques spécialisés disposant quant à eux d'un médecin de prévention ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : le refus du préfet de désigner un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du CMD méconnaît incontestablement les dispositions de l'article 9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ; le Dr A, d'une part, n'ayant pas été désigné par le préfet (qui n'a jamais désigné aucun médecin) et d'autre part, ne détenant pas " l'un des diplômes, titres ou certificats exigés " par les textes précités pour exercer comme médecin de prévention, n'a aucunement à être informé par le secrétariat du CMD ni à produire des documents destinés à cette instance médicale et encore moins à émettre des avis lorsqu'elle statue sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel ; dès lors, le refus du président du CMD d'écarter des dossiers qu'il instruit les documents rédigés par le Dr A est manifestement illégal ; qu'ils n'ont pas dirigé de conclusions contre le CDG 38.

Le préfet de l'Isère, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un mémoire, enregistré le 15 décembre 2023, le centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale de l'Isère, représenté par son président, ayant pour avocat Me Verne, conclut, à titre principal, à ce qu'il soit mis hors de cause ; au rejet de la requête à titre subsidiaire et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ; le recours en annulation vise une décision inexistante ; les personnes ayant présenté la requête au nom des syndicats requérants ne sont pas régulièrement habilités ; la décision dont il est demandé l'annulation et la suspension, ne porte pas atteinte aux droits collectifs que les syndicats requérants se sont donnés mission de défendre ;

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas respectée en l'espèce ; la situation dénoncée par les syndicats requérants comme irrégulière perdure depuis le printemps 2015, date du départ à la retraite de Mme E ; les avis rendus par le médecin de prévention ne lient nullement le conseil médical départemental pas plus qu'ils ne liaient auparavant la commission de réforme ; cela est si vrai que précisément dans le cadre de l'examen de la situation médicale du sergent-chef D, et contre l'avis du Docteur A, la commission de réforme avait rendu un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité de sa maladie au service ; faire droit à la demande de suspension aboutirait à bloquer le traitement des dossiers médicaux de tous les sapeurs-pompiers du SDIS de l'Isère, étant précisé qu'il est extrêmement difficile aujourd'hui de recruter des médecins justifiant des qualifications visées par l'article R. 4623-2 du code du travail auquel renvoie l'article 12 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la écurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale ;

- aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire, enregistré le 18 décembre 2023, le Service Départemental d'Incendie et de Secours de l'Isère, représenté par sa présidente, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas respectée en l'espèce ; la décision implicite du préfet ne produit pas un préjudice grave et immédiat dans la mesure où le secrétariat du conseil médical, lorsque le conseil médical statue en formation plénière sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel, informe le docteur I A, à savoir, le médecin de sapeurs-pompiers nommé par un arrêté conjoint du 3 octobre 2002 ;

- aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2307746 le 30 novembre 2023, par laquelle le Syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés de l'Isère (SA SPP-PATS 38), le syndicat CGT des personnels du SDIS de l'Isère, le syndicat Sud SDIS 38, demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de l'Isère sur leur demande du 26 mars 2023 tendant à la désignation d'un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du conseil médical départemental, ainsi que refus explicite du président du conseil médical d'écarter les avis émis par un médecin qui ne détient pas la qualité de médecin de prévention.

II Par une seconde requête et des mémoire enregistrés les 10, 14, 16, 18 décembre 2023 sous le n° 2307829, le Syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés de l'Isère (SA SPP-PATS 38), le syndicat CGT des personnels du SDIS de l'Isère, le syndicat Sud SDIS 38, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

- 1°) de suspendre l'exécution du refus implicite du DDSIS de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers qu'il doit désigner pour le fonctionnement du conseil médical départemental, conformément aux dispositions de l'article 9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- 2°) d'enjoindre au DDSIS de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers, dès la notification de la décision à intervenir ;

- 3°) de suspendre l'exécution des refus implicites du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et de la PCASDIS désignée, de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A ;

- 4°) d'enjoindre au président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et à la PCASDIS désignée, de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, dès la notification de la décision à intervenir ;

- 5°) de suspendre l'exécution des refus implicites du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et de la PCASDIS désignée, de doter la sous-direction santé du SDIS d'un médecin de prévention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels ;

- 6°) d'enjoindre au président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et à la PCASDIS désignée, de doter la sous-direction santé du SDIS d'un médecin de prévention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels dans le délai de trois mois à compter de notification de la décision à intervenir ;

Les syndicats requérants soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie : les refus du préfet et du président du CMD préjudicient aux intérêts des sapeurs-pompiers professionnels que les syndicats ont pour mission de défendre ; tous les avis émis par le CMD sont entachés d'un vice de procédure puisque le Dr A n'est ni le médecin de prévention ni le médecin désigné par le préfet ; le Dr A ne fait pas preuve d'indépendance vis- à-vis de son employeur, usurpe le titre de médecin de prévention et rédige des rapports tendancieux, manquant ainsi à ses obligations déontologiques ; les documents produits par le Dr A et ses avis sont susceptibles d'avoir une influence sur les avis du CMD ; dès lors qu'il n'est ni le médecin de prévention ni le médecin désigné par le préfet, les documents qu'il produit doivent être écartés par le président du CMD ; par ailleurs, ces documents ont indéniablement une influence sur les décisions prises par l'autorité de gestion du SDIS qui ne suit pas les avis favorables rendus par le CMD, s'agissant par exemple de l'octroi du CITIS, prévu à l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique territoriale ; la circonstance qu'il n'y a plus au SDIS de médecin de prévention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels depuis plus de huit ans a pour effet d'instituer une véritable discrimination entre les agents du SDIS, les personnels administratifs et techniques spécialisés disposant quant à eux d'un médecin de prevention ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision : le refus du DDSIS de proposer au préfet de désigner un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du CMD méconnaît les dispositions de l'article 9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ; les refus de la PCASDIS désignée et du PCADSIS de droit de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, qui ne fait pas preuve d'indépendance vis à vis de son employeur, usurpe la qualité de médecin de prévention et rédige des rapports tendancieux, manquant ainsi à ses obligations déontologiques, est illégal ; les refus de doter la sous-direction santé d'un médecin de prévention méconnaissent incontestablement, tant les dispositions législatives et réglementaires, que les décisions rendues par les juridictions administratives, notamment le jugement rendu par le tribunal, n° 2307929 ; en réponse au moyen d'ordre public, l'arrêté portant composition du CMD n'a pas à mentionner le médecin du service de médecine préventive et encore moins le médecin de sapeurs-pompiers désigné par le préfet pour être informé par le secrétariat du CMD lorsqu'il statue en formation plénière sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel ; les syndicats requérants ont demandé aux autorités qu'un médecin de sapeurs-pompiers soit désigné par le préfet, que les documents produits par le Dr A soient écartés des dossiers instruits par le CMD puisqu'il n'est pas le médecin de prévention, que le secrétariat du CMD n'informe plus le Dr A qui n'a pas été désigné par le préfet ; ils ont formulé une demande claire tendant à que les autorités mettent un terme aux agissements fautifs du Dr A ; par courrier du 26 mars 2023 (et bien avant), ils ont alerté les autorités sur les faits commis par le Dr A qui leur semblaient constituer d'une part, des manquements à ses obligations professionnelles et d'autre part, des infractions de droit commun ; le préfet et les autorités de gestion du SDIS avaient toute latitude pour ouvrir une procédure disciplinaire sur le fondement de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique ; le préfet et les autorités de gestion du SDIS pouvaient également adresser un signalement au procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale ; la carence en matière de médecine préventive est délibérée.

Par un mémoire, enregistré le 15 décembre 2023, le Département de l'Isère, représenté par son président, ayant pour avocat Me Da Costa, conclut, à ce que le Département de l'Isère soit mis hors de cause.

Il soutient que :

- toute décision qui serait prise par le président du conseil départemental en sa qualité de président de droit du SDIS 38 serait prise par le président du conseil d'administration du SDIS 38 et donc pour le compte du SDIS 38, et non pour le compte du Département de l'Isère.

Par un mémoire, enregistré le 18 décembre 2023, le service départemental d'incendie et de secours de l'Isère, représenté par sa présidente, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas respectée en l'espèce ; la demande en référé-suspension intervient plusieurs années après le départ du Docteur E (1er juillet 2015) ; les médecins de sapeurs-pompiers ont des compétences et exercent des missions relevant de la médecine de prévention ;

- aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

- les requérants sollicitent du tribunal qu'il soit enjoint à la présidente du conseil d'administration " de doter la sous-direction santé du SDIS d'un médecin de prevention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels dans le délai de trois mois à compter de notification de la décision à intervenir ; une telle injonction ne constitue pas une mesure provisoire.

Par un courrier du 12 décembre 2023, le tribunal a, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, informé les parties qu'il était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de :

- l'irrecevabilité de la contestation d'un acte préparatoire : le refus du DDSIS de proposer au préfet de désigner un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du CMD n'est pas détachable de l'arrêté fixant ladite composition ou du refus de l'autorité compétente de modifier son arrêté.

- en ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension des refus implicites du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et de la PCASDIS désignée, de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, irrecevabilité desdites conclusions en l'absence de demande claire adressée au président du conseil départemental en ce sens dans le courrier du 26 mars 2023 et au regard des dispositions de l'article L. 4124-2 du code la santé publique.

Un mémoire présenté le 19 octobre 2023 pour les syndicats requérants, enregistré après la clôture de l'instruction du 18 octobre 2023, n'a pas été communiqué.

Vu la requête enregistrée sous le n° 2307896 le 8 décembre 2023, par laquelle le Syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés de l'Isère (SA SPP-PATS 38), le syndicat CGT des personnels du SDIS de l'Isère, le syndicat Sud SDIS 38, demandent au tribunal d'annuler le refus implicite du DDSIS de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers qu'il doit désigner pour le fonctionnement du conseil médical départemental, conformément aux dispositions de l'article 9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987, les refus implicites du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et de la PCASDIS désignée, de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, les refus implicites du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, et de la PCASDIS désignée, de doter la sous-direction santé du SDIS d'un médecin de prévention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de des collectivités territoriales ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023 à 14H30 :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de M. F, de M. H et de M. G, représentant le Syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés de l'Isère (SA SPP-PATS 38), le syndicat CGT des personnels du SDIS de l'Isère et le syndicat Sud SDIS 38.

- les observations de Me Verne, représentant le centre départemental de gestion de de la fonction publique territoriale de l'Isère.

- les observations de Mme J et du colonel C, représentant le Service Départemental d'Incendie et de Secours de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Les syndicats requérants ont produit une note en délibéré enregistrée le 19 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2307847 et 2307929, présentées par les syndicats requérants présentent à juger des questions communes. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les demandes du département de l'Isère et du centre départemental de gestion de de la fonction publique territoriale de l'Isère tendant à être mis hors de cause :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 1424-1 du code général des collectivités territoriales : " Il est créé dans chaque département un établissement public, dénommé "service départemental d'incendie et de secours", qui comporte un corps départemental de sapeurs-pompiers, composé dans les conditions prévues () ". Aux termes de son article L. 1424-24 : " Le service départemental d'incendie et de secours est administré par un conseil d'administration composé de représentants du département, des communes et des établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de secours et de lutte contre l'incendie. ()". Aux termes de son article L. 1424-27 : " Le conseil d'administration est présidé par le président du conseil départemental ou l'un des membres du conseil d'administration désigné par le président du conseil départemental après le renouvellement des représentants du département et celui des représentants des communes et des établissements publics de coopération intercommunale. Le bureau du conseil d'administration est composé du président, de trois vice-présidents et, le cas échéant, d'un membre supplémentaire. () ".

3. Il résulte des dispositions qui précèdent que le service départemental d'incendie et de secours de l'Isère constitue un établissement public départemental doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière. Si le Président du conseil départemental de l'Isère est président de droit du conseil d'administration de cet établissement en application de l'article L. 1424-27 du code général des collectivités territoriales, celui-ci, en sa qualité de président de cet établissement, n'agit pas au nom du département de l'Isère et ne représente que le service départemental d'incendie et de secours de l'Isère (SDIS 38). Par ailleurs, ainsi que le fait valoir le défendeur, le président du conseil d'administration du SDIS 38 n'est pas une entité autonome du SDIS 38 et toute décision prise par le président du conseil départemental en sa qualité de président de droit du SDIS 38 est prise pour le compte du SDIS 38, et non pour le compte du Département de l'Isère. Par suite, il convient de mettre hors de cause le département de l'Isère et d'écarter, en conséquence, les conclusions tendant à la suspension du refus implicite du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, à ce qu'il soit enjoint au président du conseil départemental, PCASDIS de droit, de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, dès la notification de la décision à intervenir, du refus implicite du président du conseil départemental, PCASDIS de droit, de doter la sous-direction santé du SDIS d'un médecin de prévention compétent pour les sapeurs-pompiers professionnels, d'enjoindre au président du conseil départemental, de doter la sous-direction santé du SDIS d'un médecin de prévention compétent pour les sapeurspompiers professionnels dans le délai de trois mois à compter de notification de la décision à intervenir.

4. Aux termes des dispositions de l'article 3 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction issue du décret 2022-350 du 11 mars 2022 : " l.-Dans chaque département, est institué auprès du préfet un conseil médical dont la composition est prévue à l'article 4. Le conseil médical institué dans un département est compétent à l'égard du fonctionnaire qui y exerce ou y a exercé en dernier lieu ses fonctions. Le conseil médical dispose d'un secrétariat placé sous l'autorité de son président. Sauf dispositions contraires prévues par le présent décret, le secrétariat du conseil médical est assuré par : 1° Le centre de gestion pour les collectivités et établissements affiliés à titre obligatoire ou volontaire en application du II de l'article 23 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée ; 2° Le centre de gestion pour les collectivités et établissements ayant adhéré () ".

5. En réplique au mémoire présenté par le centre de gestion de l'Isère (CDG 38) rappelant qu'il n'assure que le secrétariat du conseil médical départemental en application des dispositions rappelées au point 4, les syndicats requérants soutiennent que leurs requêtes en annulation puis en référé suspension ne sont pas dirigées contre le CDG 38, établissement public local à caractère administratif, mais contre un refus du président du CMD, que la circonstance qu'ils ont situé le lieu d'exercice des fonctions du président du CMD dans les locaux du CDG 38 ne signifiait pas pour nous que le CDG 38 devait être partie au procès. Il convient de leur en donner acte que le centre de gestion de l'Isère (CDG 38) n'est pas en cause dans la présente procédure.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative contre le refus de certaines autorités de faire cesser les agissements du Dr A et de proposer le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du conseil médical départemental :

6. Si la requête tendant à l'annulation du ou des actes administratifs dont la suspension est demandée est irrecevable, aucun des moyens présentés au soutien d'une requête formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité du ou des actes administratifs contestés.

7. Aux termes des dispositions de l'article 3 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction issue du décret 2022-350 du 11 mars 2022 : " l.-Dans chaque département, est institué auprès du préfet un conseil médical dont la composition est prévue à l'article 4. Le conseil médical institué dans un département est compétent à l'égard du fonctionnaire qui y exerce ou y a exercé en dernier lieu ses fonctions. Le conseil médical dispose d'un secrétariat placé sous l'autorité de son président. Sauf dispositions contraires prévues par le présent décret, le secrétariat du conseil médical est assuré par : 1° Le centre de gestion pour les collectivités et établissements affiliés à titre obligatoire ou volontaire en application du II de l'article 23 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée ; 2° Le centre de gestion pour les collectivités et établissements ayant adhéré () ". Aux termes de son article 4, dans sa rédaction issue du décret n°2022-350 du 11 mars 2022 : I.-Le conseil médical départemental est composé : 1° En formation restreinte, de trois médecins titulaires et un ou plusieurs médecins suppléants, désignés par le préfet, pour une durée de trois ans renouvelable, parmi les praticiens figurant sur la liste prévue à l'article 1er du présent décret. Les fonctions des médecins membres du conseil médical prennent fin à la demande de l'intéressé ou lorsque celui-ci n'est plus inscrit sur la liste mentionnée à l'article 1er du présent décret ; 2° En formation plénière : a) Des membres mentionnés au 1° ; b) De deux représentants de la collectivité ou de l'établissement public désignés dans les conditions prévues à l'article 4-1 ; c) De deux représentants du personnel, désignés dans les conditions prévues à l'article 4-2. Chaque titulaire mentionné au b et au c dispose de deux suppléants désignés dans les mêmes conditions et selon les mêmes modalités que les membres titulaires. Un médecin est désigné par le préfet parmi les médecins titulaires pour assurer la présidence du conseil médical. ". Aux termes de son article 5 : " I.-Le conseil médical départemental réuni en formation restreinte est consulté pour avis sur : 1° L'octroi d'une première période de congé de longue maladie ou de longue durée ; 2° Le renouvellement d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée après épuisement des droits à rémunération à plein traitement ; ()". Aux termes de son article 5-1 : " Le conseil médical réuni en formation plénière est consulté pour avis en application : 1° De l'article L. 417-8 du code des communes, du III de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et des articles 3 et 6 du décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ; 2° Des deuxième et troisième alinéas du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée ; 3° De l'article 6 du décret n° 77-812 du 13 juillet 1977 relatif au régime de sécurité sociale des agents stagiaires des départements, des communes et de leurs établissements publics n'ayant pas le caractère industriel ou commercial ; ()". Aux termes de son article 6 : "Le président du conseil médical départemental, assisté du secrétariat, instruit les dossiers soumis au conseil médical. Il peut confier l'instruction de dossiers aux autres médecins membres du conseil. Le président dirige les débats en séance. ". Aux termes de son article 9 : "Le médecin du service de médecine préventive prévu à l'article 108-2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée compétent à l'égard du fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir s'il le demande communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 24, 33 et 37-7 ci-dessous. Lorsque le conseil médical statue en formation plénière sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel, son secrétariat en informe le médecin de sapeurs-pompiers désigné par le préfet sur proposition du directeur départemental des services d'incendie et de secours. ".

8. En outre, aux termes des dispositions de l'article R. 1424-19 du code général des collectivités territoriales : " La direction du service départemental ou territorial d'incendie et de secours comprend : 1° Le directeur départemental des services d'incendie et de secours ; 2° Le directeur départemental adjoint des services d'incendie et de secours ; 3° Le médecin-chef de la sous-direction santé ; 4° Les chefs de groupements ; 5° L'officier de sapeurs-pompiers volontaires, référent pour le volontariat. Les membres de la direction mentionnés du 1° au 4° sont des officiers de sapeurs-pompiers professionnels qui occupent des emplois de direction. () ". Aux termes de son article R. 1424-24 : " La sous-direction santé exerce, a minima, les missions suivantes : 1° La surveillance de la condition physique des sapeurs-pompiers ; 2° L'exercice de la médecine professionnelle et d'aptitude des sapeurs-pompiers professionnels et de la médecine d'aptitude des sapeurs-pompiers volontaires, dans les conditions prévues à l'article R. 1424-28 ; 3° Le conseil en matière de médecine préventive, d'hygiène et de sécurité, notamment auprès de la formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail du comité social territorial ; () ". En vertu de l'article R. 1424-26 du même code : " Sous l'autorité du directeur départemental des services d'incendie et de secours, le médecin-chef dirige la sous-direction santé et conseille les autorités des services d'incendie et de secours () ". Aux termes de l'article R. 1424-27 du même code : " Il est créé une commission consultative de la sous-direction santé, présidée par le médecin-chef. Cette commission comprend le médecin-chef adjoint, le pharmacien-chef, l'infirmier-chef, deux médecins, un pharmacien et deux infirmiers. Elle comprend en outre le vétérinaire-chef ou, à défaut, un vétérinaire. La commission consultative donne son avis sur les questions dont elle est saisie par son président ou par le directeur départemental des services d'incendie et de secours. ".

9. Enfin, aux termes de l'article 11 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " I.-Les missions du service de médecine préventive sont assurées par les membres d'une équipe pluridisciplinaire animée et coordonnée par un médecin du travail appartenant : • soit au service créé par la collectivité ou l'établissement ; • soit à un service commun à plusieurs employeurs publics ; () ". Aux termes de son article 11-2 : " Le médecin du travail exerce son activité médicale, en toute indépendance et dans le respect des dispositions du code de la santé publique. Le médecin du travail agit dans l'intérêt exclusif de la santé et de la sécurité des agents dont il assure la surveillance médicale. Ce médecin ne peut être chargé des visites d'aptitude physique prévues à l'article 10 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux. Il ne peut être médecin de contrôle. Sans préjudice des missions des médecins chargés des visites d'aptitude physique, le médecin du travail peut formuler un avis ou émettre des propositions lors de l'affectation de l'agent au poste de travail au vu de ses particularités et au regard de l'état de santé de l'agent. ". Aux termes de son article 12 : " Tout docteur en médecine, pour être engagé dans un service de médecine préventive, doit être titulaire de l'un des diplômes, titres ou certificats exigés pour exercer les fonctions de médecin du travail et dont la liste est fixée par l'article ou d'autres titres reconnus équivalents dans les conditions prévues par l'article 13 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique. () ". Aux termes de l'article R. 4623-2 du code du travail : " Seul un médecin remplissant l'une des conditions suivantes peut pratiquer la médecine du travail : 1° Être qualifié en médecine du travail ; 2° Avoir été autorisé, à titre exceptionnel, à poursuivre son exercice en tant que médecin du travail en application de l'article 28 de la loi n° 98-535 du 1er juillet 1998 ou de l'article 189 de la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 de modernisation sociale ; 3° Être titulaire d'une capacité en médecine de santé au travail et de prévention des risques professionnels. ".

10. Par plusieurs demandes dont un courrier du 26 mars 2023 adressé à différentes autorités administratives, les syndicats requérants ont énumé plusieurs agissements fautifs, selon eux, du Dr A, médecin-chef du service de santé et de secours médical qui ne serait pas titulaire de l'un des diplômes, titres ou certificats exigés pour exercer les fonctions de médecin du travail et qui ne pourrait donc, en se prévalant de la qualité de médecin de prévention, établir des documents destinés au comité médical départemental (CMD) en application notamment de l'article 9 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987. Ils lui reprochent plusieurs manquements au code de déontologie médicale. Selon les syndicats requérants, dans leur requête, l'article 40 du code de procédure pénale impose l'obligation pour toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l'exercice de leurs fonctions de signaler sans délai au procureur de la République les délits dont il a connaissance. Selon eux, les procès-verbaux du CMD et les documents établis par le Dr A leur paraissent faire partie de cette énumération. Ils reprochent au préfet comme au président du CMD, notament, de s'être abstenus d'aviser le procureur de la République. En conclusion de leur courier, ils demandaient à ces autorités administratives de faire cesser ces irrégularités.

11. Les syndicats, dans le cadre de leur requête, afin de répondre au grief tiré de l'imprécision de leur demande du 26 mars 2023, indiquent qu'il appartenait aux autorités hiérarchiques du Dr A, non seulement de lui ordonner de respecter ses obligations professionnelles, mais aussi d'ouvrir une procédure disciplinaire à son encontre et d'opérer un signalement au procureur de la République, certains de ses agissements fautifs étant susceptibles de relever d'une qualification pénale. Toutefois, la décision par laquelle une autorité administrative inflige, dans l'exercice de son pouvoir disciplinaire, une sanction à un agent placé sous ses ordres a pour seul objet de tirer, en vue du bon fonctionnement du service, les conséquences que le comportement de l'agent emporte sur sa situation vis-à-vis de l'administration. Il s'ensuit qu'un tiers est dépourvu d'intérêt, même s'il s'estime victime des agissements d'un agent, à déférer au juge administratif la décision de l'autorité administrative refusant de prononcer une sanction. En outre, le refus d'une autorité administrative de saisir le juge pénal de faits délictueux commis par un agent public ne relève pas de la compétence de la jurisdiction administrative.

12. Par ailleurs, si dans certaines hypothèses, l'autorité administrative détient, en vertu de dispositions législatives particulières, un pouvoir de poursuite devant une juridiction, l'article L. 4124-2 du code la santé publique prévoit, s'agissant des " médecins () chargés d'un service public et inscrits au tableau de l'ordre ", qu'ils " ne peuvent être traduits devant la chambre disciplinaire de première instance, à l'occasion des actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le représentant de l'Etat dans le département, le directeur général de l'agence régionale de santé, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental au tableau duquel le praticien est inscrit () ". Les personnes et autorités publiques mentionnées à cet article ont seules le pouvoir de traduire un médecin chargé d'un service public devant la juridiction disciplinaire à raison d'actes commis dans l'exercice de cette fonction publique. En particulier, un conseil départemental de l'ordre des médecins exerce, en la matière, une compétence propre et les décisions par lesquelles il décide de ne pas déférer un médecin devant la juridiction disciplinaire peuvent faire directement l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative. Il appartient aux syndicats requérants de contester, s'ils s'y croient fondés, le refus de ces autorités de saisir la juridiction disciplinaire tout en justifiant d'un intérêt suffisamment direct et certain leur donnant qualité pour demander l'annulation d'une telle décision.

13. Enfin, il résulte des dispositions du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction issue du décret 2022-350 du 11 mars 2022, rappelées au point 7, que les conseils médicaux émettent des avis et que le président du conseil médical départemental, assisté du secrétariat, ne fait qu'instruire les dossiers soumis au conseil médical. Le président du conseil médical départemental n'a aucune autorité sur les officiers du corps départemental des sapeurs-pompiers qui sont nommés, dans leurs grades, emplois ou fonctions, par arrêté conjoint du préfet et du président du conseil d'administration du service d'incendie et de secours, sur proposition du directeur départemental, chef de corps.

14. Les syndicats requérants sollicitent, par ailleurs, la suspension du refus implicite du directeur départemental des services d'incendie et de secours (DDSIS) de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du conseil médical départemental. Toutefois, la proposition ou le refus de proposition d'un médecin de sapeurs-pompiers pour le fonctionnement du conseil médical départemental n'est pas détachable de l'arrêté de désignation ou de la décision de refus de prendre cet acte faisant grief. Par suite, les conclusions à fin de suspension du refus implicite du DDSIS de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers ne sont pas recevables.

15. Au surplus, et en tout état de cause, s'agissant des mesures aux fins d'injonction, il découle du caractère provisoire des mesures que peut prononcer le juge des référés conformément à l'art. L. 511-1 du code de justice administrative qu'il ne peut ni prononcer l'annulation d'une décision administrative, ni ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant une telle décision. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de désigner un médecin de sapeurs-pompiers, au président du conseil médical départemental d'écarter les documents rédigés par le Dr A (notamment ses avis), au DDSIS de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers, ne relèvent pas de l'office du juge des référés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension du refus du président du conseil médical départemental en date du 28 juillet 2023 d'écarter les documents rédigés par le Dr A, du refus implicite du DDSIS de proposer au préfet le nom d'un médecin de sapeurs-pompiers qu'il doit désigner pour le fonctionnement du conseil médical départemental, du refus implicite de la présidente du conseil d'administration du SDIS de mettre un terme aux agissements fautifs du Dr A, et celles aux fins d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative contre l'Etat et le SDIS 38 s'agissant du refus de nommer un médecin de prévention :

17. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

18. Les syndicats requérants reproches aux autorités gestionnaires du SDIS 38 leur carence à n'avoir pas doté les sapeurs-pompiers professionnels d'un médecin de prevention.

19. Il résulte de l'article 11-2 du décret n°85-603 du 10 juin 1985, dont les dispositions sont rappelées au point 7, que le médecin du travail doit exercer son activité médicale, en toute indépendance et que l'article R. 4623-2 du code du travail fixe certaines conditions pour l'exercice de la médecine du travail. Toutefois, Il résulte de l'instruction que le SDIS de l'Isère a, à plusieurs reprises, cherché à pourvoir le poste, qu'en raison du contexte national de pénurie des ressources médicales dans le domaine de la santé au travail, ses tentatives ont été infructueuses. Par ailleurs, l'établissement a engagé en qualité de sapeur-pompier volontaire, le 1er novembre 2022, Mme B, interne en médecine. Cette dernière, désormais docteure en médecine, a, dans le cadre de sa spécialisation en médecine du travail, réalisé son stage depuis le 1er novembre 2023 au SDIS de l'Isère. Le SDIS de l'Isère entrevoit une possibilité de la recruter en qualité de médecin de prevention. Enfin, la demande en référé-suspension intervient plusieurs années après le départ du Docteur E (1er juillet 2015) qui exerçait ses missions. Faire droit à la demande de suspension aboutirait à bloquer le traitement des dossiers médicaux de tous les sapeurs-pompiers du SDIS de l'Isère. Dans ces conditions, la condition d'urgence fixée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des syndicats requérants la somme dont le centre départemental de gestion de de la fonction publique territoriale de l'Isère demande le versement sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E

Article 1er : Le département de l'Isère et le centre départemental de gestion de de la fonction publique territoriale de l'Isère sont mis hors de cause.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au Syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés de l'Isère (SA SPP-PATS 38), au syndicat CGT des personnels du SDIS de l'Isère, au syndicat Sud SDIS 38, au ministère de l'Intérieur, au département de l'Isère, au centre départemental de gestion de de la fonction publique territoriale de l'Isère, au service départemental d'incendie et de secours de l'Isère, au docteur A.

Copie sera transmise au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 19 janvier 2024.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au ministère de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.-2307929

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