mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2307892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, Mme B, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 aux termes duquel le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder au réexamen de son dossier ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une carte de séjour temporaire et, dans l'attente, un récépissé de demande de carte de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et/ou en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle.
Mme B soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'est pas justifié de la régularité de l'avis de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée par rapport à l'avis de l'OFII ;
- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 décembre 2023.
Par ordonnance du 29 décembre 2023, la clôture d'instruction a été repoussée au 4 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Vial-Pailler a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante kosovare, déclare être entrée en France le 27 janvier 2017. Le 17 mars 2017, Mme B a formé une demande d'asile qui a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 20 décembre 2017, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 25 avril 2018. Par arrêté du 15 juin 2018, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui accorder un titre de séjour, et l'a obligée à quitter le territoire français, arrêté confirmé par le tribunal administratif de Grenoble par un jugement du 31 juillet 2018. Le 20 octobre 2022, la requérante a demandé le renouvellement de son titre de séjour étranger malade. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, suivant avis en date du 10 Février 2021, indiqué que l'état de santé de la requérante nécessite des soins pour une durée de 6 mois. Une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée. Elle en a sollicité le renouvellement par la suite. Par arrêté du 31 octobre 2023, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par l'intéressée le 20 octobre 2022, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard aux dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme B, au bénéficie de l'aide juridictionnelle.
Sur le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un avis a été émis le 2 février 2023 par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) régulièrement désignés à cet effet, qu'un rapport médical a été préalablement établi par un médecin ne faisant pas partie du collège et que l'avis est régulier en la forme. La requérante n'est donc pas fondée à invoquer l'irrégularité de la procédure ayant précédé la décision attaquée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Savoie s'est cru lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 2 février 2023.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, ainsi que l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays d'origine.
7. Par un avis du 2 février 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
8. Pour remettre en cause l'avis précité du collège de médecins de l'OFII et l'appréciation faite sur ce point par le préfet de la Haute-Savoie, Mme B, qui a levé le secret médical, et qui souffre d'une schizophrénie paranoïde pour laquelle elle nécessite un suivi psychiatrique ainsi qu'un traitement médicamenteux, se prévaut de certificats établis par la psychiatre qui assure son suivi et qui atteste que les soins doivent être poursuivis sur le territoire national où elle bénéficie d'un entourage familial, que le suivi ainsi que le traitement dont elle bénéficie sont indisponibles au Kosovo et qu'une reconduite à la frontière constituerait " un risque de rechute symptomatique engendrant la possibilité de risque auto et/ou hétéro-agressif ". Elle se prévaut, également, de rapports établis par l'OSAR les 1er Septembre 2010 et 6 Mars 2017 selon lesquels l'accès aux soins reste particulièrement difficile, " voire impossible pour une large frange de la population locale ". Ces rapports font état d'insuffisance en matière de soins de santé, d'un manque de médicaments, d'une mauvaise qualité des services et d'une absence de garantie des droits des patients. Ils mentionnent que la loi sur l'assurance maladie, datant pourtant de 2014, n'a toujours pas été mise en œuvre.
9. Toutefois, les rapports de l'OSAR, rédigés en des termes généraux et évoquant la situation sanitaire dans ce pays six ans auparavant, sont insuffisants pour démontrer que Mme B ne pourrait pas effectivement bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Les certificats médicaux produits, émanant de professionnels de la santé français, ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour l'intéressée de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, selon la fiche Medcoi transmise par le préfet de la Haute-Savoie, la plupart des médicaments prescrits aux fins de soigner la pathologie de l'intéressée sont disponibles, notamment l'Aripiprazole et l'Omeprazole. Le préfet établit, également, l'existence des substances actives Brintellix, Loxapine et Lepticur d'autres traitements actuellement administrés à la requérante. De plus, il ressort de ce même document, que le Kosovo dispose d'infrastructures nécessaires et spécialisées en psychiatrie en mesure de pouvoir assurer des soins adaptés à la pathologie de la requérante. La requérante ne démontre donc pas que l'appréciation du collège des médecins quant à la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine serait erronée. Enfin, le rapport sur le régime kosovar de sécurité sociale du Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale n'est pas de nature à établir le coût du traitement de Mme B dans son pays d'origine, ni la réalité de l'impossibilité financière dans laquelle elle serait d'accéder à ce traitement ou à une prise en charge médicale. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation, ni méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la décision de refus de délivrance de titre de séjour en litige.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui. ".
11. Mme A, qui a déclaré être entrée sur le territoire français le 27 janvier 2017, se prévaut de la présence de son mari en France depuis 2012 et de ses enfants, qui suivent tous les deux une scolarité dans ce pays. Cependant, il est constant que l'époux de la requérante se trouve dans la même situation administrative et que ses enfants, également de nationalité kosovare, pourront continuer leur scolarité dans leur pays d'origine. Par ailleurs, Mme A n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, soit la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, et eu égard à la durée du séjour en France de la requérante, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la demande de titre a été refusée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes du 9° de l'article L. 611-3 : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
13. Comme il a été dit précédemment, Mme B pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé au Kosovo. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, le préfet de la Haute-Savoie aurait méconnu les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il aurait commis une erreur d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, les conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
Le président-rapporteur,
C. VIAL-PAILLER
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLILe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026