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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2308157

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2308157

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2308157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023, M. A C, représenté par

Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'une année portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou subsidiairement de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration devra justifier d'une délégation de signature de M. B ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de fait tenant à la durée de son travail sur le territoire français ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de sa vie privée et familiale mais également dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation au titre du travail au regard notamment de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le délai de trente jours assortissant l'obligation de quitter le territoire français :

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tenant à sa nécessité de respecter un préavis pour quitter son emploi ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre et de l'illégalité de la décision d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Aubert, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 27 avril 2001 est entré régulièrement en France le 17 juillet 2016 avec un visa de court séjour. Le 17 octobre 2023, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles 3 et 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet. Cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Drôme du 17 novembre 2023, qui a assorti le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En deuxième lieu, il ressort de la décision contestée que le préfet a considéré qu'alors même que M. C justifierait de la qualification ou de l'expérience nécessaire pour exercer le métier d'employé polyvalent dans la restauration rapide, il ne pouvait être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'absence d'indication par le préfet de ce que l'emploi exercé par M. C figure dans la liste métiers ouverts aux ressortissants tunisiens est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors le refus de titre n'a pas été pris en raison de la nature de l'emploi de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté en ses deux branches.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des mentions de la décision attaquée, que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

5. En quatrième lieu, d'une part aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " () les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside en France depuis qu'il a l'âge de 15 ans. Il y a été accueilli par sa sœur qui bénéficiait d'une délégation d'autorité parentale consentie en Tunisie. Il a suivi une scolarité au collège puis en lycée professionnel sans valider son brevet d'études professionnelles. Il justifie avoir travaillé en qualité d'agent polyvalent dans la restauration dans le cadre de plusieurs contrats à durée indéterminée sur les périodes du 3 mars 2020 au 30 juin 2021, du 13 décembre 2021 au 30 avril 2022 et depuis le 1er juin 2022. Le requérant, célibataire et sans enfant, produit deux attestations peu circonstanciées de son frère et de sa sœur qui résident en France au terme desquelles ils sont en contact continu et se voient pendant les vacances et les fêtes familiales. Il ne justifie pas disposer d'un logement autonome alors qu'il produit une attestation d'hébergement datant du mois de juin 2023 au terme de laquelle il réside chez un particulier à Valence depuis le mois de février 2023 et que ses bulletins de salaire postérieurs mentionnent l'adresse de sa sœur à Bron dans le Rhône. La situation de M. C telle qu'elle ressort des pièces du dossier est insuffisante pour établir que le refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale alors au demeurant que le requérant a vécu jusqu'à l'âge de 15 ans dans son pays d'origine où résident toujours ses parents et qu'il a toujours été en situation irrégulière à l'exception de la durée de validité de son visa de 90 jours. Dans ces conditions, l'arrêté rejetant une première demande de titre de séjour de l'intéressé ne méconnaît pas les articles L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ()".

8. Eu égard à sa situation familiale telle qu'elle est décrite au point 6, qui ne suffit pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de régularisation, le préfet de la Drôme pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, s'abstenir de délivrer à M. C un titre de séjour mention " vie privée et familiale " au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

10. M. C ne peut utilement invoquer la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, dès lors, d'une part, que celle-ci ne revêt pas un caractère réglementaire et, d'autre part, que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être invoquées mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation. Par ailleurs, la circonstance que le requérant travaille de manière quasi continue depuis le 3 mars 2020 en France, quand bien même il figure dans la liste des métiers ouverts aux ressortissants tunisiens sans opposabilité de la situation de l'emploi et dans un secteur qui serait en tension sur le marché du travail, ne suffit pas à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation particulière de M. C en refusant sa régularisation en qualité de salarié.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

11. Au regard des éléments développés au point 6, l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français ne porte pas à sa vie familiale et privée une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

12. Par ailleurs, le refus de titre n'étant pas annulé, le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'éloignement par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre doit être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () "

14. Le requérant soutient que le délai de départ volontaire ne lui permet pas d'assurer le préavis dû à son employeur. Toutefois, il n'établit pas l'existence et la durée du préavis dont il se prévaut et, en tout état de cause, celui-ci ne constitue pas une circonstance exceptionnelle au sens de l'article susvisé. Par suite, la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Par ailleurs, le refus de titre n'étant pas annulé, le moyen tiré de l'illégalité de la décision relative au délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

16. Le refus de titre n'étant pas annulé, le moyen tiré de l'illégalité de la décision relative au délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C aux fins de d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction doivent l'être également.

Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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