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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2308166

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2308166

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2308166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023 et un mémoire du 19 janvier 2024, la société par actions simplifiée (SAS) TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 23 mai 2023 du maire de la commune de Combloux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Combloux de délivrer un certificat provisoire de non-opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 074 083 23 A0020 pour la modification d'une station de radiotéléphonie existante sur un terrain situé lieudit " Bois Roulet " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ; à titre subsidiaire, de prendre un arrêté provisoire de non-opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 074 083 23 A0020 pour la modification d'une station de radiotéléphonie existante sur un terrain situé lieudit " Bois Roulet " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Combloux une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en l'espèce eu égard à l'intérêt public qui s'attache au déploiement du réseau de téléphonie mobile ; le projet a vocation à couvrir un territoire et une population à ce jour non couverts par les réseaux 3G et 4G de la société SFR et permet de déployer la technologie 5G dans la bande des 3,5 Ghz sur la commune ;

- elle était titulaire d'une décision tacite de non-opposition née le 5 mai 2023 ; l'arrêté d'opposition à déclaration préalable du 23 mai 2023 doit être requalifié en décision de retrait, adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- le motif opposé tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme est illégal et entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; le projet vise à surélever un pylône existant de 3 mètres implanté en zone montagneuse, à plus d'un kilomètre du bourg de la commune, à la limite d'une poche urbanisée présentant peu de densité et d'un espace agricole, dans un espace marqué par la présence d'une ligne à haute tension et qui ne présente ni intérêt ni caractère particulier à préserver ;

- elle est fondée à demander qu'il soit enjoint au maire de la commune de Combloux de prendre un arrêté provisoire portant non-opposition à déclaration préalable pour le projet décrit dans la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 074 083 23 A0020 ;

- la demande de substitution de motif n'est pas fondée : la hauteur des constructions n'a été réglementée par le plan local d'urbanisme qu'en fonction des bâtiments, seules constructions comportant une panne faîtière et une sablière ; les ouvrages techniques sont exclus de la règlementation relative à la hauteur des bâtiments.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, la commune de Combloux, représentée par Me Mollion, conclut au rejet de la requête et demande la condamnation de la SAS TDF à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas remplie en l'espèce : l'installation présente sur le site permet, en l'état, d'assurer une couverture du réseau 3G, 4G et 5G sur l'ensemble du territoire de la commune de Combloux. Le taux de couverture à la charge de la société SFR à l'horizon 2027 est d'ores et déjà respectée par cette antenne relais préexistante.

- l'article R. 423-41 du code de l'urbanisme est inconventionnel ;

- la circonstance que la demande de pièce complémentaire a été adressée par courriel est sans incidence dès lors que la société TDF a bien reçu le courriel, a pu y répondre et n'a pas eu d'influence sur le sens de la décision ni privé la société d'une garantie ;

- le pylône est situé dans un cône de visibilité de la commune et est situé sur tènement qui bénéficie d'un véritable balcon avec une vue face à la chaîne des Aravis et d'une vue directe sur le Mont-Blanc ;

- à titre subsidiaire, la commune demande que soit substitué au motif tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme le motif tiré de la méconnaissance de l'article UB 6 du plan local d'urbanisme : le pylône, installation nécessaire au service public ou d'intérêt général va mesurer 30,77 mètres et va s'implanter à une distance inférieure à la différence d'altitude entre chaque point de l'installation et chaque point de la limite opposée de l'emprise publique (Route de l'Epine) ou de la voie ouverte à la circulation du public (Bois Roulet) en méconnaissance de ces dispositions.

Vu :

- l'arrêté du 23 mai 2023 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 novembre 2023 sous le numéro 2307065 par laquelle la SAS TDF demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 19 janvier 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Me Bon-Jullien, représentant la SAS TDF, et Me Martin, représentant la commune de Combloux.

A l'issue de l'audience, la clôture d'instruction a été reportée au 22 janvier 2024 à 12h.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la commune de Combloux le 19 janvier 2024 et communiquée à la société TDF.

Considérant ce qui suit :

1. La société TDF a déposé une déclaration préalable de travaux le 5 avril 2023 auprès de la commune de Combloux pour la réhausse d'un pylône existant et l'installation des nouvelles antennes d'un opérateur de téléphonie mobile. Par arrêté du 23 mai 2023, le maire de la commune de Combloux s'est opposé à la déclaration préalable au motif que les travaux projetés ne respectaient pas l'article UB 11 du plan local d'urbanisme de la commune. La SAS TDF a déposé un recours gracieux reçu en mairie le 6 juillet 2023 qui a été implicitement rejeté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () "

3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () Lorsqu'une personne autre que l'Etat, la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale, défère une décision relative à un permis de construire ou d'aménager et assortit son recours d'une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d'un mois. "

4. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution de cette décision, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G ou 5 G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'État et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune.

5. En l'espèce, le projet a vocation à couvrir un territoire et une population non couverts par les réseaux 3G et 4G de la société SFR, qui a souscrit des engagements envers l'Etat, et permet de déployer la technologie 5G dans la bande des 3,5 Ghz sur la commune. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie en l'espèce.

En ce qui concerne l'existence d'une déclaration préalable tacite et le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire :

6. Il résulte de l'instruction que la société TDF a déposé une déclaration préalable de travaux le 5 avril 2023 auprès de la commune de Combloux pour la réhausse d'un pylône existant et l'installation des nouvelles antennes d'un opérateur de téléphonie mobile. Par un courriel du 4 mai 2023, le service instructeur a informé la société TDF du caractère incomplet de sa demande et a demandé à la société de compléter son dossier par la communication du " dossier d'information relatif à l'installation, avec notamment une analyse de l'exposimétrie induite par l'ajout d'un nouvel équipement. " La société TDF a répondu à la commune par un courriel du 16 mai 2023 en fournissant les documents demandés. Par arrêté du 23 mai 2023, notifié le 30 mai 2023, le maire de la commune de Combloux s'est opposé à la déclaration préalable.

7. Il n'est pas contesté par la commune de Combloux que la pièce demandée par courriel du 4 mai 2023 par le service instructeur ne fait pas partie des pièces fixées à l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme. Dès lors, cette demande ne pouvait prolonger le délai d'instruction d'un mois, lequel a commencé à courir le 5 avril 2023 et s'est achevé le 5 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect du principe du contradictoire prévu à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration par l'arrêté du 23 mai 2023 retirant la décision tacite de non opposition à déclaration préalable née le 5 mai 2023, est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 23 mai 2023.

En ce qui concerne le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme :

8. Il résulte de l'instruction que les travaux objet de la déclaration préalable n° DP07408323A0020 ont pour effet de rehausser de 3 m un pylône d'antenne-relais de téléphone mobile déjà existant, qui passerait de 23,77 m à 26,77 m de hauteur, hors paratonnerre, de couleur gris galvanisé. Toutefois, il est constant que le pylône existant se trouve en dehors de tout périmètre de protection patrimoniale, en zone de montagne à plus d'un kilomètre du bourg de la commune, en limite d'une zone agricole et d'une zone de faible urbanisation, à proximité d'une ligne à haute tension. Les photographies montrent que le pylône est à peine visible depuis l'entrée du bourg de la commune et à une telle distance, le rehaussement du pylône de 3 mètres est imperceptible. Par suite, le moyen de l'illégalité du motif tiré de l'absence d'insertion du projet dans l'environnement en méconnaissance de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 23 mai 2023.

9. La commune de Combloux demande, à titre subsidiaire, que soit substitué au motif initial tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme, le motif tiré de la méconnaissance de l'article UB 6-2 du plan local d'urbanisme. Elle fait valoir que le pylône, installation nécessaire au service public ou d'intérêt général au sens du plan local d'urbanisme, va mesurer 30,77 mètres et va s'implanter à une distance inférieure à la différence d'altitude entre chaque point de l'installation et chaque point de la limite opposée de l'emprise publique (Route de l'Epine) ou de la voie ouverte à la circulation du public (Bois Roulet) en méconnaissance de ces dispositions.

10. Toutefois, le projet soumis à déclaration préalable ne concerne que la rehausse de 3 mètres d'un pylône déjà existant. Par suite, il est sans rapport avec l'application de la règle de recul fixé à l'article UB 6 du plan local d'urbanisme. Par suite, la demande de substitution de base légale n'est pas de nature à modifier l'appréciation portée au point 8 sur le caractère sérieux du doute sur la légalité du motif opposé par l'arrêté du 23 mai 2023. En tout état de cause, elle reste sans incidence sur l'appréciation portée au point 7 sur le caractère sérieux d'un doute sur la légalité de l'arrêté du 23 mai 2023 en raison de la méconnaissance du principe du contradictoire.

11. Il résulte de ce qui précède que la société TDF est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 du maire de la commune de Combloux portant opposition à la déclaration préalable n° DP07408323A0020.

Sur les conclusions d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

13. Il résulte de ce qui précède que lorsque le juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, décide d'ordonner des mesures conservatoires, celles-ci ne produisent leurs effets que dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

14. En l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Combloux de délivrer un certificat de non-opposition à titre provisoire à la société TDF pour les travaux mentionnés dans le dossier n° DP07408323A0020, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

16. Ces dispositions font obstacle à la demande de la commune de Combloux tendant à la condamnation de la société TDF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Combloux, partie perdante à l'instance, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de l'arrêté du 23 mai 2023 du maire de la commune de Combloux portant opposition à la déclaration préalable n° DP07408323A0020 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Combloux de délivrer un certificat de non-opposition à titre provisoire à la société TDF pour les travaux mentionnés dans le dossier n° DP07408323A0020, dans un délai de 15 jours.

Article 3 :La commune de Combloux versera la somme de 1 500 euros à la société TDF en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la commune de Combloux tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à la SAS TDF et à la commune de Combloux.

Fait à Grenoble, le 23 janvier 2024.

Le juge des référés,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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