jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | RANDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 décembre 2023 et 8 janvier 2024, M. A F, représenté par Me Randi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2023, par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'arrêté contesté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence.
La décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il est titulaire d'un bail.
La décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence.
Les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen doivent être annulées par voie de conséquence.
Un mémoire en production de pièces a été enregistré le 22 décembre 2023 pour le préfet de la Savoie.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal à délégué à Mme Fourcade les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Randi qui a invoqué la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, a déclaré renoncer à la demande d'aide juridictionnelle et a produit des pièces, assisté de M. B, interprète.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant brésilien né le 12 aout 1984 est entré en France le 4 aout 2019 sous couvert d'un visa court séjour et se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis le 5 novembre 2019. Le 17 décembre 2023, il a été placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et sans permis. Par deux arrêtés du même jour, le préfet de la Savoie, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an et d'une part, et l'a assigné à résidence, d'autre part.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. D E, directeur de cabinet du préfet de la Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 3 juillet 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 4 juillet 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.
4. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. Le requérant réside en France depuis 5 ans avec sa compagne qui est dans la même situation administrative que lui et leur fille née en 2016. Il a déclaré aux services de police travailler à son compte avec la fibre et a fait valoir la présence son frère et sa sœur en France, également en situation irrégulière. Enfin, il a déclaré attendre une durée de 5 ans de résidence en France avant d'entreprendre les démarches nécessaires à sa régularisation. Toutefois, le fait de se maintenir sciemment en situation irrégulière sur une longue durée ne caractérise pas une bonne insertion dans la société française. Enfin, la circonstance que l'intéressé ait formé et obtenu postérieurement à la décision attaquée une demande de rendez-vous en préfecture afin d'y déposer une demande de titre de séjour est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui s'apprécie au jour de son édiction. Dès lors, que rien ne s'oppose à ce que le requérant reconstitue sa cellule familiale hors de France et à ce que sa fille poursuive sa scolarité dans son pays d'origine, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant. Elle n'apparaît pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () " ".
7. Le requérant qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son visa et a déclaré aux services de police qu'il ne voulait pas quitter la France, ne peut utilement faire valoir que la circonstance qu'il bénéficie d'un bail locatif ferait obstacle à la décision portant refus de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne le pays de destination :
8. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai à l'appui de la contestation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :
9. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai à l'appui de la contestation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. A F sont rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :
11. Les conclusions de M. A F, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A F et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
F. Fourcade
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2308204
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026