jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BORIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 décembre 2023, 10 et 20 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bories, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur de fait, l'arrêté indiquant à tort qu'il ne justifie d'aucune activité professionnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il est présent en France depuis l'âge de 8 ans, que la commission du titre de séjour a émis un avis favorable à la délivrance du titre et que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il réside habituellement en France depuis qu'il a au plus l'âge de seize ans ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 janvier et 11 janvier 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat ;
- les observations de Me Bories représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant albanais né le 18 juillet 2004, est entré irrégulièrement en France avec ses parents et son frère le 21 août 2012 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 19 juillet 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 octobre 2023, le préfet de la Savoie a opposé la réserve d'ordre public pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour de plein droit et l'obliger à quitter le territoire.
Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside en France depuis qu'il a l'âge de 8 ans, ce que ne conteste pas le préfet. Il bénéficie dès lors d'une protection contre les mesures d'obligation de quitter le territoire au titre du 2° précité de cet article sans que le préfet ne puisse légalement lui opposer la menace à l'ordre public. Le préfet ne pourrait se prévaloir du comportement pénal de l'intéressé pour l'éloigner que dans le cadre d'une procédure d'expulsion, dans le cadre de laquelle seuls des faits relevant de l'article L. 631-3 du même code pourraient être opposés à M. B en raison de la protection dont il bénéficie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A B ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination de l'éloignement.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. Alors même qu'il ne peut éloigner M. B, le préfet peut refuser de lui délivrer le titre de séjour de plein droit qu'il demande sur le fondement de l'article L. 423-21 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en faisant usage de la réserve d'ordre public.
6. En l'espèce, le tribunal pour enfants D a prononcé à son encontre une mesure de liberté surveillée d'un an par jugement du 12 mars 2021 pour les faits de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 28 mars 2019. L'intéressé a également été condamné le 21 mai 2021 à une peine d'emprisonnement délictuel de trois mois avec sursis par le tribunal pour enfants D pour des faits commis le 30 janvier 2021 de détention non-autorisé de stupéfiants d'usage illicite de stupéfiants, d'offre et d'acquisition non-autorisé de stupéfiants. En dépit du jeune âge de l'intéressé en 2021, ces faits sont de nature à justifier un refus de titre fondé sur la menace à l'ordre public.
7. Toutefois, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'administration de concilier, sous le contrôle du juge, les exigences de la protection de l'ordre public avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie privée et familiale normale.
8. M. B est arrivé en France à l'âge de 8 ans en compagnie de son frère jumeau et de ses parents et sa petite sœur est née en France. Âgé de 19 ans, il est donc présent sur le territoire depuis onze ans, fût-ce en raison du maintien irrégulier de ses parents. En outre, comme le relève la commission du titre de séjour dans son avis favorable émis le 21 mars 2023, M. A B travaille dans un restaurant et souhaite reprendre une formation. L'intéressé fait valoir sa volonté d'intégration et produit à l'appui de ses écritures des contrats à durée déterminée au sein d'un restaurant pour une durée totale de 7 mois au cours de l'année 2023, ainsi que des attestations de formation. Dans ces circonstances, alors qu'il n'existe pas de perspectives que l'intéressé s'éloigne de la France, pays où il a grandi, passé l'essentiel de son existence et souhaite demeurer, le refus porte une atteinte à son droit à la vie privée. Cette atteinte est disproportionnée par rapport à l'objectif de sécurité publique dans lequel elle est prise, de plus fort alors qu'elle a pour effet de maintenir M. B dans une situation où il ne peut pas travailler légalement. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 30 octobre 2023 portant refus de titre de séjour doit être annulée.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions d'injonction :
10. Eu égard à son motif, l'annulation de l'arrêté attaqué implique que le préfet de l'Isère délivre à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Bories, avocate M. B, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Savoie est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer à M. A B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la même date.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A B à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Bories en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A B, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bories et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le rapporteur,
F. DOULAT
La présidente,
A. TRIOLET
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026