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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2308253

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2308253

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2308253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 3
Avocat requérantMARGAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme B C, représentée par Me Margat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

L'arrêté du 29 novembre 2023 :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

La décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégal en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 11 janvier 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wyss,

- et les observations de Me Margat, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité ivoirienne, est entrée en France le 28 juillet 2022 pour y demander l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 avril 2023, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2023. Par arrêté du 29 novembre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de Mme D, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

3. La décision attaquée comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée. Il ne ressort ni de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de sa situation avant de prendre la décision attaquée.

6. L'entrée en France de Mme C est très récente, elle est dépourvue de toute attache familiale dans ce pays et elle ne justifie d'aucune intégration particulière, même si elle est bénévole au Secours populaire. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de la requérante, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, la décision fixant le pays de destination ne peut être annulée par voie de conséquence.

8. Si Mme C soutient qu'elle risque d'être soumise à des mutilations sexuelles en cas de retour en Côte d'Ivoire, elle n'apporte que des éléments d'ordre généraux, non circonstanciés, qui ne permettent pas d'établir qu'elle serait personnellement menacée de telles mutilations alors qu'elle est maintenant âgée de 21 ans, a fait des études supérieures et que l'excision est interdite en Côte d'Ivoire depuis 1998. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par les autorités compétentes. Dès lors, le moyen relatif à la violation des articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la décision fixant le pays de destination n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Margat et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le président,

JP WyssLa greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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