mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2023 par laquelle le département de l'Isère l'a exclu du bénéfice d'accompagnement par l'aide sociale à l'enfance à compter du 31 décembre 2023 et a lui a refusé un accompagnement jeune majeur ;
2°) d'enjoindre sans délai au département de l'Isère, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement, de le reprendre en charge, en lui fournissant notamment un hébergement et en pourvoyant à ses besoins alimentaires et de lui accorder un accompagnement jeune majeur dans un délai de 48 heures, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Isère une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 112-3, L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ; le président du conseil départemental ne pouvait refuser de le prendre en charge dès lors qu'il a été pris en charge par l'ASE durant sa minorité, qu'il est sans ressources, qu'il est privé de la protection de sa famille et qu'ainsi, il doit pouvoir bénéficier à ce droit au maintien de sa prise en charge qui est de plein droit ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 30 avril 2024, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°2022-140 du 7 février 2022 relative à la protection des enfants ;
- la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Frapolli, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juin 2024 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- les observations de Me Combes, représentant M. B,
- et les observations de Me Cano, représentant le département de l'Isère.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 4 septembre 2005, est entré en France le 6 août 2022. Il a été pris en charge par les services du département de l'Isère au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 22 septembre 2022 par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nice. Par une ordonnance n°2308385 du 16 janvier 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, saisi par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision susvisée du14 décembre 2023 par laquelle le département de l'Isère l'a exclu du bénéfice d'accompagnement par l'aide sociale à l'enfance à compter du 31 décembre 2023 et lui a refusé un accompagnement jeune majeur. Dans la présente instance, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue du litige:
2. D'une part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du même code : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". Et en vertu du premier alinéa de l'article L. 134-2 dudit code, les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée.
3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. Le 21 décembre 2023, M. B a exercé contre la décision susvisée du 14 décembre 2023 le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, en application du principe énoncé au point précédent, les conclusions à fin d'annulation que M. B dirige contre la décision initiale du 14 décembre 2023, doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 17 janvier 2024 notifiée à l'intéressé le 30 janvier 2024, qui s'y est substituée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
6. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, M. B, âgé de 18 ans et huit mois, séjournerait sur le territoire français en situation irrégulière. Par ailleurs il est constant qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance avant sa majorité et qu'il ne bénéficie pas de ressources ou d'un soutien familial. Dès lors, et en dépit de la gravité des faits qui lui sont reprochés de manière répétée, le plus récent d'entre eux ayant consisté à prendre, sans y avoir été autorisé, un véhicule de service de l'association qui gère son lieu d'hébergement et de l'avoir restitué endommagé, après l'avoir conduit sans permis en forçant le passage d'un péage autoroutier, M. B est fondé à soutenir que le président du conseil départemental de l'Isère a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, A de l'article 10 de loi susvisée du 7 février 2022 ayant institué un droit à une prise en charge des jeunes majeurs entrant dans le champ d'application de cet article.
7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que la décision du 17 janvier 2024 citée au point 4 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a refusé à M. B un accompagnement jeune majeur est annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
9. Il résulte de l'instruction qu'outre le fait énoncé au point 6, M. B adopte de manière générale un comportement peu compatible avec " la participation active ", au sens de l'article R. 222-7 du code de l'action sociale et des familles, attendue de lui dans les mesures d'accompagnement jusqu'alors proposées par le département pour le conduire vers l'autonomie. En effet, s'il est vrai qu'une note de l'association SEMITIS de novembre 2023 demandait un renouvellement de son accompagnement en qualité de jeune majeur au regard de son comportement encourageant quelques jours avant les faits cités au point 6, un rapport du 17 août 2023 pointait pourtant déjà, au cours du seul mois d'août, une série de comportements inappropriés, notamment une réitération des insultes à l'encontre du veilleur de nuit, déjà notées en mai 2023, la dégradation matérielle de son studio (saleté, bureau et porte de placard cassés etc), une consommation de cannabis, un vol de trottinette et enfin le refus de la société qui le formait en apprentissage de poursuivre le contrat en raison du comportement de M. B.
10. Eu égard au motif d'annulation retenu aux points 5 à 7 et sous réserve que l'intéressé n'ai pas été repris en charge à la suite de l'ordonnance du 16 janvier 2024 citée au point 1, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. B soit pris en charge en qualité de jeune majeur. Toutefois, le droit que l'intéressé tire du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, donne au président du conseil départemental un large choix dans les mesures, rappelées à l'article R. 222-6 du code de l'action sociale et des familles, qu'il décide de faire figurer dans le contrat de jeune majeur dans un but de responsabilisation de ce dernier. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce rappelées au point 9, il y a lieu d'enjoindre au département de l'Isère de prendre en charge M. B en qualité de jeune majeure et de lui proposer un contrat adapté au contexte précédemment décrit, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement et sous réserve que sa situation, notamment administrative, n'ait pas évolué d'ici là. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Me Vigneron.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 janvier 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a refusé à M. B un accompagnement jeune majeur est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de l'Isère de prendre en charge M. B en qualité de jeune majeure et de lui proposer un contrat adapté à la situation, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement, sous les deux réserves énoncées au point 10.
Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
I. FRAPOLLI
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2308384
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2602574
Le Tribunal administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... comme manifestement irrecevable. La demande, qui visait à obtenir la suspension d'une procédure administrative non identifiée et des mesures liées au contradictoire, était dépourvue de toute précision. Le juge a également relevé que, si la requérante entendait contester une procédure judiciaire en cours devant la cour d'appel de Nîmes, ces conclusions relevaient de l'ordre judiciaire et non de la compétence administrative. La décision a été prise sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604358
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de rupture de contrat de Mme B... prise par le maire de Léognan. Le juge a relevé que la requérante n'avait pas introduit de requête distincte en annulation, rendant ses conclusions à fin de suspension manifestement irrecevables. Par ailleurs, il a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, l'agent en période d'essai ne bénéficiant pas d'un droit à la poursuite de son contrat et son absence non justifiée à l'entretien préalable ne permettant pas de retenir un préjudice grave et immédiat.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2602937
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’intérieur du 26 mars 2026 informant M. A... de la perte de validité de son permis de conduire. La requête a été jugée irrecevable car M. A... n’avait pas déposé de recours en annulation parallèle, condition prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. À titre subsidiaire, le juge a estimé que le moyen tiré de ce que les infractions auraient été commises par son fils n’était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, la réalité des infractions étant établie par le paiement des amendes forfaitaires conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
01/06/2026