vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308390 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision orale du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui fixer un rendez-vous dans un délai de 8 jours sous astreinte de 80 euros par jour de retard, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse la place dans une situation irrégulière et l'empêche de poursuivre des études, qu'elle risque de perdre le bénéfice de l'accès au séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle risque d'être éloignée et déracinée de toutes ses attaches en France ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige car elle est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'une insuffisance de motivation ; sa demande de titre de séjour n'était ni abusive ni dilatoire, son dossier de demande était complet et les documents produits permettent de l'identifier ; la décision en litige méconnaît l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, le préfet de l'Isère conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, de lui accorder un délai minimal de deux mois pour la fabrication du titre de séjour en cas d'injonction de délivrance d'un titre de séjour.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2308389 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 9 janvier 2024 à au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;
- les observations de Me Huard, représentant Mme A.
Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 2 février 2005, de nationalité serbe, déclare être entrée en France en 2012 alors qu'elle était encore mineure. Etant devenue majeure le 2 février 2023, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été rejeté le 20 septembre 2023 en raison de l'absence d'un document en cours de validité pouvant justifier de son identité. Après avoir obtenu un certificat de nationalité auprès des autorités serbes, Mme A s'est présentée de nouveau le 7 décembre 2023 à la préfecture de l'Isère pour y déposer sa demande de titre de séjour. Les services de la préfecture ont à nouveau refusé d'enregistrer cette demande au motif, tel qu'il est formulé dans le mémoire en défense du préfet de l'Isère, de l'incomplétude de la demande, la photographie figurant sur le passeport périmé produit à l'appui de la demande n'étant pas récente et ne permettant donc pas d'identifier l'intéressée. Mme A demande la suspension de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de suspension d'exécution :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
4. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
5. Aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants () 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles () L. 423-21 () ".
6. Il résulte de l'instruction que Mme A vit en France depuis l'âge de 7 ans aux cotés de sa mère et y suit sa scolarité, soit depuis 11 ans à la date de la décision attaquée. Elle a obtenu en juin 2023 un certificat de formation générale et est actuellement scolarisée au sein de l'établissement public isérois de services aux enfants et adolescents handicapés IMPro La Bâtie. En outre, le refus d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A prive celle-ci de toute chance sérieuse d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle atteindra l'âge de 19 ans le 2 février prochain. Pour dénier l'existence d'une situation d'urgence, le préfet de l'Isère fait valoir que Mme A s'est placée elle-même dans une situation d'urgence en tardant à déposer sa demande de titre de séjour. Cependant, Mme A a introduit cette demande dans le délai prescrit à l'article R. 431-5 cité au point précédent. Par ailleurs, elle a obtenu deux rendez-vous successifs en préfecture pour déposer cette demande et il ne résulte pas de l'instruction que le premier rendez-vous aurait été sollicité sept mois après sa majorité. La condition d'urgence doit, dès lors, être regardée comme remplie.
7. En second lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'incompétence de l'agent présent au guichet de la préfecture pour refuser d'instruire la demande de titre de séjour de Mme A, à défaut de justifier d'une délégation de pouvoir du préfet, et de ce que cette demande ne pouvait être regardée comme incomplète au motif que la photographie figurant sur le passeport périmé produit à l'appui de la demande n'était pas récente et ne permettait donc pas d'identifier Mme A, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision orale du 7 décembre 2023.
8. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision orale du 7 décembre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
10. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir. Les conclusions de Mme A tendant à ce que le préfet enregistre sa demande de titre de séjour doivent dès lors être rejetées.
11. En revanche, la suspension de l'exécution du refus contesté implique nécessairement que le préfet de l'Isère réexamine la demande d'enregistrement de Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de procès :
12. Mme A été admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, Me Huard, avocat de Mme A, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Huard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Huard de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme A.
O R D O N N E
Article 1er :Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :L'exécution de la décision du 7 décembre 2023 est suspendue.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande d'enregistrement présentée par Mme A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 :Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Huard, avocat de Mme A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Huard, la somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à Mme A.
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Huard et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 12 janvier 2024.
La juge des référés,
A. Bedelet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2308390
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026