jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2308445 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête n°2308445 enregistrée le 29 décembre 2023, M. E, représenté par Me Huard, demandent au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, d'enjoindre au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 560 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'union du droit à être entendu et à une procédure contradictoire précédant un acte faisant grief ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- est illégale par voie d'exception ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024 le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II°) Par une requête n°2308446 enregistrée le 29 décembre 2023, Mme D, représentée par Me Huard, demandent au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 7 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Savoie l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour et, à défaut, d'enjoindre au préfet de la Savoie de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer l'inscription de non admission au fichier d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 560 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'union du droit à être entendu et à une procédure contradictoire précédant un acte faisant grief ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- est illégale par voie d'exception ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024 le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique au cours de laquelle le rapport de M. B a été entendu, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité congolaise, déclare être entrée sur le territoire français le 6 juillet 2022 afin d'y solliciter l'asile. Elle fait l'objet d'un refus d'entrée au titre de l'asile le 8 juillet 2022, décision confirmée par le tribunal administratif de Paris par un jugement du 15 juillet 2022. Elle dépose finalement une demande d'asile le 16 septembre 2022, qui est rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 23 décembre 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2023. M. C, également de nationalité congolaise, déclare être entré sur le territoire français le 30 novembre 2022 afin d'y solliciter l'asile. Il a déposé une demande d'asile le 20 décembre 2022, demande qui sera rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 22 mai 2023. La décision de rejet a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile dans un arrêt du 7 novembre 2023. Par arrêtés du 7 décembre 2023 dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Savoie les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an pour M. C et deux ans pour Mme D.
2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. C et Mme D, il y a lieu de prononcer leur admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :
4. Les décisions attaquées comportent la mention des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Elles sont par suite suffisamment motivées.
5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour constitue un principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il implique que le ressortissant étranger ait la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement.
6. M. C et Mme D, soutiennent que les arrêtés attaqués méconnaissent leur droit d'être entendu dès lors qu'ils ont été pris sans que le préfet ne les invite préalablement à présenter des observations, notamment s'agissant de leur insertion sociale et familiale et la situation de grossesse de Mme D. Ils avaient cependant la faculté, pendant la durée de l'instruction de leur dossier de demande d'asile et avant l'intervention de ces arrêtés, de faire valoir en préfecture tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.
7. Si M. C et Mme D, soutiennent qu'ils ont créé des liens forts sur le territoire français, leur séjour est récent, ils ne justifient d'aucune intégration particulière alors qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches au Congo où leur vie privée et familiale pourra se poursuivre avec leurs très jeunes enfants. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant une obligation de quitter le territoire à leur encontre. Pour les mêmes raisons, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
8. Aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "
9. Mme D était enceinte de sept mois à la date de l'arrêté attaqué et doit accoucher courant du mois de février 2024. Un certificat du Dr A datant du 9 janvier 2024 atteste qu'il est impossible pour Madame de prendre un vol long-courrier à date. Cette circonstance justifiait qu'il lui soit accordé à titre exceptionnel un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dès lors, les décisions d'accorder un délai limité à trente jours à elle et à son compagnon sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés, alors même que les services de la préfecture n'avaient pas été informés que Mme D attendait un enfant. Par suite, ces décisions doivent être annulées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à leur encontre.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an et de deux ans :
10. Aux termes de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
11. Il résulte de l'instruction que Mme D s'est vu notifier une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans au motif qu'elle a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, tandis que son compagnon, M. C s'est vu opposer une interdiction de retour pour une durée d'un an seulement. Compte tenu des liens unissant les requérants, ils sont fondés à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard aux motifs d'annulation retenues, la présente décision implique seulement que le préfet de la Savoie réexamine la situation de M. C et Mme D. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir les intéressés, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais du litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions fixant à trente jour la durée de départ volontaire accordé à M. C et à Mme D sont annulées.
Article 3 : Les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français prises à l'encontre de M. C et Mme D sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de procéder au réexamen de la situation de M. C et Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir les intéressés, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, Mme F, à Me Huard et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le président
J.P. B
La greffière
C. JASSERAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2308445 et N°2308446
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026