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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400046

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400046

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELAS FIDAL - BUREAU DE LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, et un mémoire du 16 janvier 2024 la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le maire de la commune de Voiron a retiré l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 26 mai 2023 et s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 3 mars 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Voiron la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté attaqué fait obstacle à la construction d'une antenne relais et que la partie du territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par les réseaux ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

o il a été signé par une autorité incompétente ;

o en se fondant sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme le maire a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

o en tout état de cause, la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la parcelle sur laquelle s'implantera le projet n'est pas située dans une zone protégée ; l'assiette du projet n'est pas située dans une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, la commune de Voiron représentée par la SELAS Fidal agissant par Me Lamouille conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de société Free mobile la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- le moyen tiré de l'erreur de droit est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par société Free mobile ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, elle sollicite une substitution de motifs : le projet méconnaît l'article A 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Voiron.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2306788, enregistrée le 18 octobre 2023, par laquelle la société Free mobile demande l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 16 janvier 2024 à 9 heures.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés

- et les observations de Me Candelier, représentant la société Free mobile, et de Me Lamouille, représentant la commune de Voiron.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 mai 2023, la commune de Voiron a délivré à la société Free mobile une décision de non-opposition à la déclaration préalable que celle-ci avait déposée le 3 mars 2023 pour l'installation d'un dispositif de relai téléphonique composé d'un pylône treillis de 32,5 mètres avec six antennes et deux faisceaux hertziens une clôture grillagée avec un portillon de couleur vert foncé, d'une hauteur de deux mètres destiné à assurer la continuité des réseaux 3 et 4 G sur le territoire de la commune. Toutefois, par une décision du 18 août 2023, précédée d'une procédure contradictoire, la commune de Voiron a retiré la décision de non opposition 26 mai 2023 et s'est opposée à l'édification de l'antenne relai. La société Free mobile demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, la condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est satisfaite lorsque celui-ci préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Contribuant à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile qui est d'intérêt public, la société Free mobile a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau. Bien que les cartes de l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) donnent à observer que cette couverture par les réseaux de téléphonie mobile 3G et 4G du territoire de la commune de Voiron est suffisante, les indications de la société requérante sur le caractère général et insuffisamment précis de ces cartes ainsi que les cartes qu'elle produit elle-même permettent de constater que le territoire de la commune Voiron n'est que partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile de la société requérante. Dans ces conditions, l'atteinte portée à l'intérêt public comme aux intérêts de la société requérante par la décision litigieuse est de nature à constituer une situation d'urgence, au sens des dispositions précitées, même si la demande de suspension de l'exécution de cette décision est intervenue plus de quatre mois après sa notification.

5. En deuxième lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse est entachée d'incompétente et de ce qu'en se fondant sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme au lieu de celles l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme le maire a entaché sa décision d'une erreur de droit ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

6. En revanche, en l'état de cette même instruction, le moyen tiré de ce qu'en se fondant sur le motif que, par son implantation et sa hauteur, l'installation déclarée est de nature à porter atteinte aux sites et aux paysages naturels avoisinant, le maire de la commune de Voiron a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et propre à créer un tel doute sur sa légalité.

7. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu dès lors de suspendre l'exécution de la décision de la commune de Voiron du 18 août 2023 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free mobile, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de la commune de Voiron en ce sens doivent être rejetées.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Voiron une somme de 1 500 euros qu'elle paiera à la société Free mobile, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 18 août 2023 de la commune de Voiron est suspendue.

Article 2 :La commune de Voiron versera à la société Free mobile une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions de la commune de Voiron relatives aux frais non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à la société Free mobile et à la commune de Voiron.

Fait à Grenoble, le 22 janvier 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24000462

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