lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 22 janvier 2024, M. B C A, représenté par Me Combes, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif formé le 18 octobre 2023 et reçu le 23 octobre 2023 contre la décision du 18 septembre 2023 portant refus des conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de façon rétroactive à compter du 8 juin 2023, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige le prive d'un hébergement stable, de l'allocation pour demandeur d'asile et d'un suivi social et le place dans une situation de grande précarité et de grande anxiété ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige :
* elle méconnait l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un motif légitime l'a empêché de présenter sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 du même code ;
* il se trouve dans une situation de vulnérabilité en l'absence de ressources et dès lors qu'il est hébergé de façon temporaire par un ami et s'adresse très régulièrement, sans succès au service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) pour obtenir un hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2400135 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 25 janvier 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;
- les observations de Me Combes pour M. A qui confirme solliciter la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté son recours administratif formé le 18 octobre 2023 et reçu le 23 octobre 2023 contre la décision du 18 septembre 2023 portant refus des conditions matérielles d'accueil ;
Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, a rejoint l'Ukraine le 7 février 2022 sous couvert d'un visa étudiant pour s'inscrire à l'Université de Kharkiv. Il a été contraint toutefois de quitter l'Ukraine dès le 20 février 2022 et a rejoint la France le 10 mars 2022. Le bénéfice de la protection temporaire lui a été refusé le 15 avril 2022. Il a sollicité le 22 novembre 2022 une admission au séjour en qualité d'étudiant, qui a été refusée par une décision du 10 mai 2023 au motif qu'il était dépourvu d'un visa long séjour. Il a ensuite déposé une demande d'asile et a été placé en procédure accélérée le 8 juin 2023. Par une décision du 8 juin 2023, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours après son entrée en France. Par ordonnance n°2305366, le juge des référés a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint à l'OFII de réexaminer la demande de M. A dans un délai de 15 jours, avec effet provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours au fond. Par une décision du 18 septembre 2023, l'OFII a de nouveau refusé à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours après son entrée en France. M. A a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implicitement rejeté le 23 décembre 2023. M. A demande la suspension de l'exécution de cette decision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de suspension d'exécution :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ".
5. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'un motif légitime a empêché M. A de présenter sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 du même code, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite rejetant le recours de M. A reçu par l'OFII le 23 octobre 2023.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
7. La décision attaquée prive M. A d'un revenu et d'un hébergement stable. Il résulte également des pièces du dossier qu'aucune suite n'a été donnée à sa demande d'hébergement d'urgence auprès du SIAO-115 de l'Isère depuis le 2 septembre 2022. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, M. A ne peut être regardé comme s'étant placé dans la situation d'urgence invoquée. Dans ces conditions, et bien qu'il soit en mesure d'être autorisé à accéder au marché du travail en application de l'article L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile depuis une date très récente, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le directeur général de l'OFII sur le recours de M. A reçu le 23 octobre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
10. Eu égard au motif de suspension retenu et dès lors que l'OFII ne soutient pas en défense qu'un autre motif s'opposerait à ce que M. A bénéficie des conditions matérielles d'accueil, l'exécution de la présente ordonnance implique que M. A bénéficie des conditions matérielles d'accueil jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige. Il y a donc lieu d'enjoindre à l'OFII d'octroyer provisoirement au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais de procès :
11. M. A bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 500 euros à verser à Me Combes sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E
Article 1er :M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :L'exécution de la décision résultant du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur le recours de M. A reçu le 23 octobre 2023 est suspendue.
Article 3 :Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder provisoirement à M. A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 :
L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 500 euros à Me Combes sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. A.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A, à Me Combes et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Grenoble, le 29 janvier 2024.
La juge des référés,
A. Bedelet
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400134
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026