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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400235

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400235

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 15 et le 17 janvier 2024, M. A se disant D, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l' arrêté du 13 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de trois ans et a fixé le pays de destination ;

3°) d'annuler l' arrêté du 13 janvier 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Savoie pour une durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie et de lui délivrer un titre de séjour ;

6°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. D soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les article L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision refusant de lui accorder un délai de départ :

- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît les article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant assignation à résidence :

- n'est pas motivée ;

- méconnaît l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les pièces produites par le préfet de la Savoie ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant D, de nationalité algérienne, déclare être entré en France en février 2019 sans le justifier. Par un arrêté du 13 janvier 2024 le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de trois ans et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 13 janvier 2024 le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Savoie pour une durée de 45 jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 13 janvier 2024 :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de ses articles L. 613-1 et suivants et L. 614-1 et suivants, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions liées aux mesures d'éloignement. Par suite, les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de l'arrêté attaqué.

4. Toutefois, le requérant peut utilement se prévaloir du moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait, cependant, être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. M. D n'invoque aucun fait ni aucune circonstance, autres que ceux déjà portés à la connaissance de l'administration en ce qui concerne sa situation, notamment lors de son audition par les services de police le 28 mars 2022, qu'il aurait pu faire valoir lors d'un entretien préalable à la décision d'assignation à résidence et qui auraient influé sur cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. L'entrée en France de M. D est récente. S'il soutient qu'il est marié avec une ressortissante de nationalité suisse qui est enceinte il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations. M. D n'a pas d'attaches familiales en France et en revanche n'en n'est pas dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il ne démontre aucune intégration ni insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d' accorder au requérant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 précise à ce titre que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

9. Compte tenu du risque que M. D se soustraie à une mesure d'éloignement l'intéressé qui s'est déjà soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de cette disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Savoie du 13 janvier 2024 portant assignation à résidence :

12. L'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Et aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

14. M. D n'a pas de document de voyage ni laissez-passer consulaire. Il n'a pas de ressources pour acquérir légalement le moyen de se rendre en Algérie. Il ne démontre pas en quoi les obligations prescrites par l'assignation à résidence seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction et tendant à la condamnation de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Blanc, au préfet de la Savoie et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe 22 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

S. B Le greffier,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie et au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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