lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400271 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 2 |
| Avocat requérant | GAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 janvier 2024, les 17 janvier, 26 janvier et 31 janvier 2024, Mme B, représentée par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 € par jours de retard et à titre subsidiaire de l'enjoindre à réexaminer son dossier ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1000 euros au titre des frais irrépétibles, ladite condamnation valant renonciation de celle-ci à l'indemnisation prévue par la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
Sur le refus de titre de séjour, la décision :
- a été signée par un auteur incompétent ;
- n'est pas accompagnée de l'avis de l'OFII régulièrement émis ;
- est illégale dans la mesure où le préfet s'est estimé en situation de compétence liée par l'avis émis par l'OFII ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît l'article L 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français, la décision :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la fixation du pays de destination la décision :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024 le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité kosovare, est entrée en France le 27 mars 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rendue le 15 mars 2023 et confirmée le 4 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 24 mai 2022 Mme B a demandé un titre de séjour en tant qu'étranger malade au profit de son enfant né le 5 janvier 2019 au Kosovo. Par un arrêté du 12 décembre 2023 le préfet de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le refus d'admission au séjour :
3. Par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Drôme a donné à M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ()".
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrange s et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.
7. Il ressort des pièces produites en défense par le préfet que deux avis du collège de médecins de l'OFII ont été émis le 8 août 2022 et le 11 décembre 2023 concernant l'état de santé du jeune A B. Le collège était composé de trois médecins de l'OFII dûment désignés par le directeur général de l'OFII qui ont signé l'avis en question. L'avis a été rendu au vu de rapports établis à chaque fois par un médecin non membre de ce collège. Mme B n'apporte aucun début de justification de nature à remettre en cause les mentions portées sur ces avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.
9. Il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée que le préfet de la Drôme s'est borné à se conformer à l'avis émis par les médecins de l'OFII et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence.
10. Mme B fait valoir que son enfant souffre d'une encéphalopathie épileptique sévère associée à une tétraparésie spastique séquellaire de l'anorexie périnatale. Elle indique que ces pathologies entraînent deux à trois crises d'épilepsie quotidiennes et nécessitent une importante prise en charge pluridisciplinaire globale par des médecins, pédiatres, neuropédiatres, kinésithérapeutes, psychomotriciens, ophtalmologues, orthophonistes, ergothérapeutes, psychologues et éducateurs spécialisés. Cette prise en charge implique également la mise en place d'un appareillage adapté. Mme B fait valoir que la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées a, le 21 décembre 2022, reconnu pour son enfant un taux d'incapacité supérieure ou égale à 80 % et lui a attribué un accueil au sein d'un institut médico-éducatif jusqu'au 31 août 2025, une allocation d'étude de l'enfant handicapé jusqu'au 31 janvier 2039 soit jusqu'à ses 20 ans, le complément 4 de l'allocation d'éducation d'enfants handicapés jusqu'au 30 juin 2026 ainsi qu'une carte mobilité inclusion valable jusqu'au 31 janvier 2039. Mme B estime au vu de ces éléments et dans les circonstances particulières de l'espèce que la poursuite des traitements initiés est déterminante pour l'amélioration de l'état de santé de son enfant et la régression de son handicap et qu'il est donc dans l'intérêt supérieur du jeune A de bénéficier du maintien des soins en France.
11. En l'espèce l'avis du collège de médecins émis le 8 août 2022 indiquait que l'état de santé du jeune A B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine il ne pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les soins nécessités par son état de santé devaient donc être poursuivis pendant une durée de 12 mois. Le jeune A B a été ainsi temporairement admis au séjour du 3 juillet 2023 au 3 août 2023. Mme B a le 26 mai 2023 déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour étranger malade au profit de son enfant. Elle a obtenu plusieurs autorisations provisoires de séjour les 17 août, 15 septembre,13 octobre et 13 novembre 2023.
12. Toutefois dans un second avis rendu le 11 décembre 2023 le collège de médecins de l'OFII a indiqué que si l'état de santé de M. A B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il était originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'à la date de l'avis il pouvait voyager sans risque vers le pays d'origine. Compte tenu de cet avis et au vu des éléments versés au dossier par Mme B qui ne suffisent pas pour infirmer l'avis du collège des médecins de l'OFII le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. Pour les motifs indiqués au point 12 Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision et a donc violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
14. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à soulever, par la voie de l'exception, son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la fixation du pays de destination :
15. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, requérant n'est pas fondé à soulever, par la voie de l'exception, son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'État au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 de requérant doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Gay et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.
Le magistrat désigné,
S. C La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026