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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400297

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400297

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL CLDAA LIOCHON ET DURAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2024 et le 6 février 2024, M. A, représenté par Me Coussy, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté interruptif de travaux du 31 août 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et la commune de Saint-Gervais-les-Bains une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir en tant que destinataire de l'arrêté, titulaire de la déclaration préalable et propriétaire du bien immobilier en travaux ;

- la condition d'urgence est remplie ; l'acquisition du chalet et les travaux sont financés par un crédit pour lequel il doit rembourser 5 596 euros à compter du mois d'avril 2023 et auquel s'ajoutent les frais d'immobilisation du chantier ; les frais entrainés par l'immobilisation du chantier, facturés par les entreprises, justifie également l'urgence ; l'impossibilité de se loger pour exercer son activité de moniteur de ski justifie également l'urgence ; la dégradation du bâtiment justifie également l'urgence ;

- l'incompétence de l'auteur de l'acte justifie un doute sérieux quant à la légalité de la décision ; l'arrêté vise les articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales ; la maire a donc fait usage de ses pouvoirs de police générale ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 461-2 du code de l'urbanisme ;

- le principe du contradictoire a été méconnu en l'absence d'urgence avérée ;

- l'arrêt est entaché d'erreur de droit et de défaut de base légale : la légalité d'un arrêté interruptif de travaux est subordonnée à la condition que la réalisation des travaux dont l'interruption était ordonnée a été constitutive d'une infraction pénale ; aucune infraction pénale n'a pu être constatée : aucun procès-verbal des 20 et 21 juillet n'est versé ; aucun procès-verbal ne peut être dressé depuis la voie publique et de laquelle on ne peut aucunement constater ce qui est prétendu ; aucune violation des documents d'urbanisme ne peut être constatée : une déclaration préalable pour les travaux litigieux a été obtenue ; aucune démolition de l'existant n'a été faite ; une plainte pour faux et usage de faux en écriture publique a été ouverte ;

- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir et de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen de la requête de M. A n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, la commune de Saint-Gervais-les-Bains, représentée par Me Duraz, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun moyen de la requête de M. A n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 29 septembre 2022 sous le numéro 2206282 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu Me Coussy, représentant M. A, Me Duraz, représentant la commune de Saint-Gervais-les-Bains et Mme B, représentant le préfet de la Haute-Savoie.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 7 février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé le 22 décembre 2020 une déclaration préalable en vue de la réhabilitation d'une ancienne ferme avec modification des façades sur un terrain situé au lieu-dit " Les Hochettes d'en-bas " sur le territoire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains. Le maire de la commune a pris une décision de non-opposition le 3 mai 2021. Une visite de contrôle du chantier a été organisée le 20 juillet 2022 et le 2 août 2022 un agent assermenté de la commune a dressé un procès-verbal d'infraction. Par un arrêté du 31 août 2022, le maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains, agissant au nom de l'Etat, a interrompu, sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, les travaux ayant fait l'objet de la déclaration préalable déposée par le requérant.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté a pour effet d'interrompre les travaux de réhabilitation d'une ancienne ferme sur un terrain situé au lieu-dit " Les Hochettes d'en-bas " et pour lesquels le requérant a obtenu un arrêté de non-opposition à déclaration préalable. Cette interruption prolongée entraine une dégradation de l'immeuble qui n'était pas totalement hors d'air et un renchérissement prévisible des couts de rénovation. M. A établit qu'il avait pour projet de rénover le bâtiment en vue de le louer pour un investissement total de 1 316 500 euros financé à hauteur de 892 500 euros par un emprunt sur 20 ans. Il a d'ailleurs déclaré une activité de loueur en meublé professionnel dès le 8 juin 2021 pour cet immeuble. L'interruption des travaux est de nature à décaler dans le temps la perception de revenus tirés de la location et les charges d'emprunt ne sont plus couvertes par les revenus attendus. La note de l'expert-comptable de M. A du 28 octobre 2022 quantifie l'incidence financière de cette interruption des travaux à 62 205 euros pour la seule période d'août 2022 à décembre 2023, outre un coût financier supplémentaire de 27 420 euros en frais d'immobilisation du matériel sur le chantier. Dès lors, l'arrêté contesté doit être regardé comme portant préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation et aux intérêts du requérant. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme désormais remplie.

5. Le moyen tiré l'erreur de droit et du défaut de base légale de l'arrêté est de nature, en l'état de l'instruction, de créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu de mettre une somme quelconque à la charge de la commune.

8. M. A n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions de la commune de Saint-Gervais-les-Bains tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision de l'arrêté en date du 31 août 2022 du maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains est suspendue.

Article 2 :L'Etat versera la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de la commune de Saint-Gervais-les-Bains tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Saint-Gervais-les-Bains.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie et au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Bonneville.

Fait à Grenoble, le 8 février 2024.

Le juge des référés,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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