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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400338

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400338

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre enregistrée le 9 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Aldeguer, a saisi le tribunal administratif de Grenoble d'une demande tendant à obtenir l'exécution de l'ordonnance n° 2306254 du 19 octobre 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, de la décision du 18 août 2023 par laquelle laquelle la directrice du centre hospitalier Alpes Isère a prononcé sa révocation, enjoint au centre hospitalier Alpes Isère de procéder, à titre provisoire, à sa réintégration et condamné le centre hospitalier Alpes Isère à lui verser la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 18 janvier 2024, le président du tribunal administratif de Grenoble a ouvert une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution de l'ordonnance n° 2306254 du 19 octobre 2023.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2023 et 1er février 2024, le centre hospitalier Alpes Isère, représenté par Me Prouvez, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que l'ordre départemental des infirmiers a confirmé au CHAI que Mme A ne pourra reprendre effectivement ses fonctions d'infirmière qu'à compter de son inscription au tableau de l'ordre dans l'attente de son inscription à l'ordre des infirmiers ; que sauf à enjoindre au CHAI d'obliger Mme A à commettre un délit pénal, la requête en exécution de l'intéressée devra être rejetée ; depuis l'entrée en vigueur du décret n°2018-596 du 10 juillet 2018, il appartient à l'intéressée de s'inscrire définitivement à l'ordre national des infirmiers comme le prévoit l'article L. 4311-15 du Code de la santé publique.

Par des mémoires, enregistrés les 28 décembre 2023 et 5 février 2024, Mme B A, représentée par Me Aldeguer, persiste dans ses écritures et demande, en outre, qu'il soit enjoint au centre hospitalier Alpes Isère de la réintégrer sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 2 novembre 2023 ; d'enjoindre au centre hospitalier Alpes Isère de mandater à son profit la somme de 1 200 euros mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; de condamner le centre hospitalier Alpes Isère à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le centre hospitalier utilise un stratagème pour faire en sorte qu'elle ne soit pas réintégrée effectivement dans ses fonctions d'infirmière ; le fait qu'elle ne soit pas inscrite à l'Ordre national des infirmiers ressort d'une négligence de l'hôpital public dans lequel elle évoluait puisque sa titularisation était intervenue en qualité d'infirmière au sein de cet hôpital.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code l de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 février 2024 à 14H00 :

- le rapport de M. Vial-Pailler qui a informé les parties que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier Alpes Isère de mandater à son profit la somme de 1 200 euros mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne lui semblaient pas relever de l'office du juge de l'exécution en application de l'article L. 911-9 du code de justice administrative.

- les observations de Me Aldeguer, représentant Mme B A qui a repris sa demande.

- les observations de Me Litzler, représentant le centre hospitalier Alpes Isère qui a repris son argumention en défense et fait valoir le défaut d'intérêt à agir de la requérante qui est dans une situation irrégulière.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. () ".

2. Par une ordonnance du 19 octobre 2023, le juge des référés du Tribunal administratif de Grenoble a, d'une part, suspendu l'exécution de la décision 18 août 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier Alpes Isère a prononcé la révocation de Mme A, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, d'autre part, enjoint au centre hospitalier Alpes Isère de procéder, à titre provisoire, à la réintégration de Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance.

Sur la demande de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier Alpes Isère de la réintégrer sous astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 4311-15 du code de la santé publique : " Sont tenues de se faire enregistrer auprès du service ou de l'organisme désigné à cette fin par le ministre chargé de la santé les personnes ayant obtenu un titre de formation ou une autorisation requis pour l'exercice de la profession d'infirmière ou d'infirmier, avant leur entrée dans la profession, ainsi que celles qui ne l'exerçant pas ont obtenu leur titre de formation depuis moins de trois ans. L'enregistrement de ces personnes est réalisé après vérification des pièces justificatives attestant de leur identité et de leur titre de formation ou de leur autorisation. Elles informent le même service ou organisme de tout changement de résidence ou de situation professionnelle. () Nul ne peut exercer la profession d'infirmier s'il n'a pas satisfait à l'obligation prévue au premier alinéa et s'il n'est pas inscrit au tableau de l'ordre des infirmiers. (.).". L'article D. 4311-52-2 du même code dispose : " I.- Les listes nominatives mentionnées à l'article L. 4311-15 regroupent les infirmiers titulaires d'un titre de formation ou d'une autorisation d'exercice requis pour l'exercice de la profession, qui sont employés par des structures publiques ou privées. / Ces listes sont composées des données d'identification suivantes : / 1° Les noms et prénoms du professionnel concerné ; / 2° La dernière adresse personnelle de correspondance du professionnel détenue par l'établissement ou la structure (). / Ces données sont transmises, par les structures publiques ou privées employant les infirmiers, au conseil national de l'ordre des infirmiers, par voie électronique, à une adresse communiquée par le conseil national, au plus tard le 15 du premier mois de chaque trimestre civil. Elles sont adressées au conseil national dans des conditions garantissant la confidentialité des données recueillies./ () II.-A partir des informations communiquées par le conseil national à chaque conseil départemental ou interdépartemental de l'ordre concerné, ce conseil identifie ceux des infirmiers qui ne sont pas inscrits au tableau et procède à leur inscription provisoire dans l'attente de la communication des pièces nécessaires à l'instruction du dossier./ Le conseil départemental ou interdépartemental informe sans délai le professionnel et la structure qui l'emploie de cette inscription provisoire (). / () La décision prise par le conseil départemental ou interdépartemental est notifiée à l'infirmier dans les conditions et suivant les modalités prévues à l'article R. 4112-4. Elle est également notifiée à la structure publique ou privée qui emploie l'infirmier concerné ".

4. Il résulte des dispositions précitées du code de la santé publique que les infirmiers ne peuvent exercer leur profession qu'après leur inscription au tableau de l'ordre par le Conseil départemental de l'ordre, qui est compétent pour établir le tableau et procéder aux contrôles des structures publiques et privées par un droit d'accès aux listes nominatives des infirmiers de ces structures, afin notamment de s'assurer que les personnes qui exercent ladite profession remplissent les conditions légales, notamment en termes de qualification. Ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de dispenser les infirmiers de toute démarche personnelle en vue de leur inscription au tableau de l'ordre.

5. A la suite de la notification de l'ordonnance du 19 octobre 2023 mentionnée au point 2, Mme A a été réintégrée, en vertu d'une décision de la directrice du centre hospitalier Alpes Isère en date du 2 novembre 2023, à titre provisoire, dans l'attente de la décision au fond et du pourvoi en cours à l'encontre de la décision de révocation, en qualité d'infirmière en soins généraux du 1er grade, à compter du 2 novembre 2023 sous réserve de la transmission d'une attestation d'inscription auprès de l'Ordre national des infirmiers.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier Alpes Isère doit être regardé comme ayant pris, dans les jours ayant suivi la notification de l'ordonnance n° 2306254 du 19 octobre 2023, les mesures propres à assurer l'exécution de cette ordonnance, ce dernier pouvant conditionner la réintégration effective de l'intéressée à la transmission d'une attestation d'inscription auprès de l'Ordre national des infirmiers. Par suite, la demande d'exécution présentée par Mme A doit être rejetée. La contestation de la décision de la directrice du centre hospitalier Alpes Isère en date du 2 novembre 2023, à supposer que la requérante, qui exerçait la profession d'infirmière sans être inscrite au tableau de l'ordre des infirmiers, puisse se prévaloir d'un intérêt à agir légitime pour en demander l'annulation, relèverait en tout état de cause d'un litige distinct dont le juge des référés n'a pas à connaître dans le cadre de la présente instance d'exécution.

Sur la demande de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier Alpes Isère de mandater à son profit la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci après reproduites, sont applicables. / "Art. 1er.- I.-Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. / Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. / A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ()" ".

8. L'article L. 911-9 du code de justice administrative permet aux intéressés, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée ayant condamné un établissement public au paiement d'une somme d'argent dont le montant a été fixé par la décision elle-même, se traduisant par un défaut d'ordonnancement de cette somme dans les délais impartis, de demander au comptable assignataire de la dépense, sur présentation de la décision de justice, de procéder au paiement.

9. Par une ordonnance n°2306254 du 19 octobre 2023 le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a notamment condamné le centre hospitalier Alpes Isère à verser à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par la présente requête, Mme A fait valoir que cette somme ne lui a pas été versée et demande au Tribunal d'enjoindre à l'administration de procéder à ce versement.

10. Toutefois, si la requérante a procédé à une relance du centre hospitalier, il ne résulte pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu, qu'elle ait demandé au comptable assignataire de la dépense, sur présentation de la décision de justice, de procéder au paiement de la somme en cause. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la présente requête sur ce point sont manifestement irrecevables.

Sur les frais liés à la présente instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Alpes Isère, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme A. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A le paiement des frais exposés par le centre hospitalier Alpes Isère au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E

Article 1 : La demande d'exécution présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Alpes Isère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au centre hospitalier Alpes Isère.

Fait à Grenoble, le 15 février 2024.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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