mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | NDOYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Ndoye, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de la convoquer et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et de fait en ce que le préfet de la Savoie n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la carence de l'administration au moment de lui délivrer des informations concernant le double dépôt de demande de titre de séjour et d'asile l'a privé de la possibilité de déposer un titre de séjour pour raison de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 février 2024.
Par une ordonnance du 13 février 2024, le clôture de l'instruction a été repoussée au 19 février 2024.
Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 21 février 2024, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue le 19 février 2024 par ordonnance du 13 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vial-Pailler,
- et les observations de Me Ndoye, représentant Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante colombienne née le 19 septembre 2003, est entrée en France le 17 avril 2022 munie de son passeport biométrique. Par une décision du 24 août 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 février 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 21 novembre 2023, la requérante a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès des services préfectoraux de la Savoie. Par un arrêté du 21 décembre 2023, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent la décision attaquée. L'arrêté attaqué énonce les conditions prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant que les éléments présentés par la requérante ne peuvent être regardés comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels qui pourraient justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. S'il est constant que Mme B a présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par une demande réceptionnée en préfecture le 12 septembre 2023, et que le préfet de la Savoie a en partie fondé son arrêté sur l'article L. 435-1 du même code, la décision attaquée vise expressément l'article L. 423-23 précité. Par ailleurs, le préfet de la Savoie motive son arrêté en se prononçant sur les liens personnels et familiaux en France de la requérante. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait tenant à ce que le préfet de la Savoie n'aurait pas examiné la demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
7. En l'espèce, Mme B, qui vit sur le territoire français depuis 20 mois à la date de la décision attaquée, n'établit pas avoir de liens personnels ou familiaux, anciens et intenses en France. Au surplus, la durée de sa présence sur le territoire français ne constitue pas un motif exceptionnel ou une considération humanitaire justifiant la délivrance d'un titre de séjour au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans, soit la majeure partie de sa vie. Si elle fait valoir que ses parents, ainsi que sa sœur, sont présents sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'ils sont dans la même situation administrative que la sienne. Si Mme B soutient que le préfet a délibérément minimisé la réalité de son intégration dans la société française, il ressort de l'arrêté attaqué que des éléments d'intégration ont été pris en compte, notamment l'obtention par la requérante du DUEF A2 le 2 mai 2023 et une préinscription aux cours de français à l'université Savoie Mont Blanc du 18 septembre au 15 décembre 2023. En tout état de cause, à supposer que ces éléments puissent traduire une insertion sociale et professionnelle particulière, ils ne rendent pas impératif le maintien à titre dérogatoire de l'intéressée sur le territoire national. Par suite, la situation de la requérante ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires et des motifs exceptionnels pouvant justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.
8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi () ".
9. En l'espèce, Mme B, qui vit sur le territoire français depuis 20 mois à la date de la décision attaquée, n'établit pas avoir de liens personnels ou familiaux, anciens et intenses en France. Par ailleurs, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans, soit la majeure partie de sa vie. Si la requérante fait valoir que ses parents, ainsi que sa sœur, sont présents sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier qu'ils sont dans la même situation administrative que la sienne. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article D. 431-7 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. "
11. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que l'administration aurait manqué à son obligation d'inviter l'intéressée à présenter une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté, dès lors que la méconnaissance de cette obligation n'a d'autre effet que de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Or, si Mme B fait valoir qu'elle aurait pu solliciter un titre de séjour en qualité d'étranger malade, force est de constater que c'est sur un autre fondement qu'elle a sollicité un titre de séjour. Dans ces conditions, la circonstance, à la supposer établie, que l'administration n'aurait pas délivré à la requérante l'information prévue par les dispositions de l'article L. 431-2 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré d'une perte de chance de solliciter un titre de séjour en qualité d'étranger malade doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Les conclusions présentées par la requérante, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Ndoye et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, première conseillère,
Mme Fourcade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
Le président-rapporteur,
C. VIAL-PAILLER
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
I. FRAPOLLILe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026