mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 4 |
| Avocat requérant | GAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2024, M. D C, représenté par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1000 euros au titre des frais irrépétibles, ladite condamnation valant renonciation de celle-ci à l'indemnisation prévue par la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par un auteur incompétent ;
- est entachée de défaut de motivation ;
- méconnaît l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- méconnaît les articles L.612-10 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024 le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité algérienne, a été auditionné le 22 janvier 2024 pour des faits de violence aggravée envers sa compagne faits commis en récidive. Il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement prises le 9 mars 2021 par le préfet de la Haute-Vienne et le 21 août 2022 par le Préfet de la Dordogne. M. C a été assigné à résidence le 16 septembre 2022, laquelle mesure a donné lieu à un PV de carence. Il a le 13 septembre refusé d'embarquer à destination de l'Algérie et ne s'est pas présenté le 11 octobre sur le vol prévu pour l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Par l'arrêté du 22 janvier 2024 le préfet de la Drôme a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. L'arrêté en litige a été signé par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de la Drôme du 21 août 2023, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et sa lecture démontre que la situation de M. C a fait l'objet d'un examen complet et préalable. Le moyen sera écarté.
5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : "Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an. ".Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. [] ".
6. M. C est entré sur le territoire espagnol via la procédure de regroupement familial diligentée par son père et a bénéficié, dans ce cadre, d'un permis de résidence. Il soutient qu'il a tenté, à plusieurs reprises, de régulariser sa situation administrative. Il indique ainsi qu'à la suite de son installation en France, et la naissance de son premier fils, il a sollicité, le 23 septembre 2015, la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint d'une ressortissante française et de parent d'enfant français. Son certificat de résidence lui a été remis le 8 novembre 2016, valable jusqu'au 9 novembre 2017. M. C indique par ailleurs qu'il est le père de quatre enfants, âgés de 8, 6, 4 et 3 ans, tous de nationalité française et scolarisés. M. C fait valoir que le fils aîné de la famille, âgé de 8 ans, est atteint du syndrome HoyerralHreidarsson qui est une forme de déficience intellectuelle qui implique un suivi lourd et régulier et nécessite, de fait, la présence de ses deux parents. M. C fait valoir qu'il a l'autorité parentale conjointe sur ses quatre enfants. Il indique qu'il a suivi une formation civique et linguistique dispensé par l'OFII et a ensuite suivi une formation professionnelle auprès du Groupe FEL, intitulé " compétences transversales Limoges " entre les mois de janvier et d'avril 2016. En 2018, il a ouvert son propre salon de coiffure sur la commune de Limoges. M. C ne conteste pas les condamnations prononcées à son encontre mais il indique que depuis l'arrêt rendu le 27 octobre 2021 par la Cour d'Appel de Limoges il n'a fait l'objet d'aucune autre condamnation.
7. Toutefois M. C a pour des faits commis les 12 juin et 8 août 2017 été condamné le 2 février 2018 par le TGI de Valence à 4 mois d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve de 2 ans pour " violence par une personne étant ou ayant été conjoint ". Le 8 juillet 2020 il a été condamné par le tribunal judiciaire de Valence à 4 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pour " conduite sans permis ni assurance en récidive ", faits commis le 8 mai 2020. ". Le 27 octobre 2021 il a été condamné par la cour d'appel de Limoges à 20 mois d'emprisonnement et interdiction de porter une arme pour " violence avec usage d'une arme, récidive et destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, tentative de violence en présence d'un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint ". M. C a été écroué le 25 avril 2021. Eu égard à l'ensemble de ces éléments et nonobstant la durée de son séjour en France, M. C n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée a méconnu de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni qu'elle a violé les dispositions des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
10. Il ressort des termes de l'arrêté que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français le préfet de la Drôme a indiqué que M. C représente une menace pour l'ordre public. Compte tenu de ce qui a été indiqué précédemment et dès lors que M. C ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit l'asile, le préfet a pu, sans méconnaitre les dispositions précitées, estimé qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois pouvait s'appliquer au requérant. Le préfet de la Drôme n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'État au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Gay et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le magistrat désigné,
S. A Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2400509
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026