vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 janvier 2024 et le 30 janvier 2024, M. A B époux D, représenté par Me Miran, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français est illégale, par voie d'exception ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Savoie, qui, sans produire de mémoire, a produit des pièces complémentaires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a délégué à Mme E les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Miran, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète.
Après avoir constaté l'absence du représentant du préfet de la Savoie.
La clôture de l'instruction a, par application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à l'issue de l'audience, à 14 heures 49.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant roumain, déclare être entré en France en 2013. Par un arrêté du 16 décembre 2022, le préfet de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et lui a interdit de circuler sur le territoire français durant trente mois. Par l'arrêté attaqué du 25 janvier 2024, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence [], l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : [] 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société [] ".
4. L'arrêté du 25 janvier 2024 vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de M. B. Il est suffisamment motivé au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même le requérant aurait souhaité qu'y figurent d'autres éléments. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français [] ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de circuler sur le territoire durant trente mois, prononcée par le préfet de l'Ain le 16 décembre 2022. Dès lors qu'il n'a pas résidé en France de manière légale durant les cinq années précédentes, il n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficie d'un droit au séjour permanent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. B déclare vivre en France depuis environ dix ans à la date de la décision attaquée, il ressort toutefois du procès-verbal d'audition du 4 septembre 2023 qu'il est reparti en Roumanie en 2015, puis est revenu pour la dernière fois en France en 2022. S'il déclare qu'il a deux enfants d'une précédente union, qui ne vivent pas avec lui, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'ils sont désormais majeurs. De plus, dès lors que durant l'audience, il déclare que ses enfants sont de nationalité roumaine, rien ne semble faire obstacle à ce qu'ils lui rendent visite en Roumanie. En outre, son épouse, avec qui il vit dans un logement mis gratuitement à disposition par la mairie, est également de nationalité roumaine, de sorte que sa vie conjugale peut se poursuivre dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, M. B invoque des problèmes de santé, sans toutefois en justifier. En outre, entre 2013 et 2023, il a été condamné à sept reprises pour avoir commis des infractions pénales. Dès lors, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de la Savoie n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. B. Par suite, le moyen présenté en ce sens doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
11. Il ressort de son casier judiciaire que M. B a été condamné pénalement à cinq reprises pour des faits commis entre 2013 et 2018. De plus, M. B est actuellement incarcéré afin d'exécuter deux condamnations supplémentaires prononcées en 2023. Il ressort de la fiche pénale que sa date de libération est prévue le 5 février 2024. Dès lors, au regard de l'urgence, c'est sans méconnaitre l'article L. 251-3 précité que le préfet de la Savoie a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire. Le moyen présenté en ce sens doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 à 9, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :La requête de M. B est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B époux D, à Me Miran, au préfet de la Savoie.
Copie en sera adressée au greffe du centre pénitentiaire d'Aiton.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La magistrate désignée,
L. E
Le greffier,
V. Barnier
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400598
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026