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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400676

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400676

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL DUMOLLARD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, M. A B, représenté par Me Bernard Duguet, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 3 octobre 2023 par laquelle la commission régionale d'appel de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a confirmé la décision de la commission de discipline du District Haute-Savoie Pays de Gex qui a lui a infligé une sanction de neuf ans de suspension ferme ;

2°) de mettre à la charge de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision contestée l'empêche pendant neuf ans de souscrire une licence et, par voie de conséquence, de pratiquer en compétition le football, qui constitue pour lui une passion ; actuellement inscrit en 1ère année de licence de STAPS spécialité football à l'Université Savoie Mont Blanc, la décision en litige le pénalise dans ses études universitaires car il ne peut bénéficier des points supplémentaires attribués sur la moyenne par la production de feuilles de matches et la décision attaquée va impacter ses années de licence ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* la convocation à la séance de la commission régionale d'appel est irrégulière car elle ne mentionne pas clairement la possibilité de se faire représenter par un avocat, en méconnaissance de l'article 3.4.2.1 du règlement disciplinaire de la fédération française de football (F.F.F) ; elle prévoit la possibilité pour le président de la commission disciplinaire d'opérer une sélection des représentants des parties entendues, ce qui n'est pas prévu par le règlement disciplinaire de la fédération et ce qui constitue une atteinte aux droits de la défense ;

* la séance de la commission régionale d'appel n'était pas publique, en méconnaissance de l'article 3.4.3 du règlement disciplinaire de la F.F.F dès lors que l'accès à la salle d'audience a été refusé à sa mère et que son accès n'est pas libre, l'accès au bâtiment se faisant par une porte à code ;

* l'article 3.4.3 du règlement disciplinaire de la F.F.F a été méconnu car :

* la commission régionale d'appel ne l'a pas traité avec dignité, a manqué à son devoir d'impartialité et a porté atteinte aux droits de la défense ;

* la commission régionale d'appel, qui a refusé le visionnage d'une vidéo qu'il avait en sa possession, a méconnu le principe du contradictoire ;

* la décision de l'organe disciplinaire d'appel n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance de l'article 3.4.4 du règlement disciplinaire de la F.F.F et méconnait le principe d'individualisation des peines dès lors qu'elle se fonde sur un barème de sanctions qui n'a qu'une valeur indicative ;

* la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

* la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2024, l'association Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de Football, représentée par Me Dumollard, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2400691 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés,

- les observations de Me Duguet en présence de M. B,

- les observations de Me Dumollard pour la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. B soutient que la suspension, d'une durée de neuf ans, qui lui a été infligée a pour conséquence d'empêcher la pratique du football en compétition qui constitue pour lui une passion. Cependant, M. B est actuellement joueur amateur. Il n'établit ni même n'allègue disposer de proposition pour intégrer un club de football professionnel. Par ailleurs, rien n'empêche M. B de continuer à pratiquer le football à titre de loisir en dehors d'une association de la fédération française de football. Il fait également valoir, dans sa requête, qu'il est actuellement en première année de licence STAPS spécialité football et que le règlement des études de cette spécialité permet aux étudiants qui évoluent au sein d'un championnat de football de bénéficier de points supplémentaires sur la moyenne par la production des feuilles de match. Cependant et bien qu'il n'a pas produit le règlement des études, M. B a confirmé au cours de l'audience, comme le mentionne la pièce n°7 jointe à sa requête, qu'une note est en fait attribuée, au cours du premier semestre de la première année de licence STAPS, selon le niveau de pratique du football qui doit être justifié par la production, avant le 20 novembre 2023, d'une copie de la licence annuelle et d'une feuille de match du championnat où l'étudiant apparaît avec le niveau de la rencontre. Un étudiant inscrit sur une feuille de match de championnat département 4 (D4) obtient ainsi la note de 10,5. Un étudiant non-licencié ou qui n'a pas produit une feuille de match avant le 20 novembre 2023 se voit attribuer une note de 10. M. B, qui participait en 2022-2023 au championnat D4 et qui n'établit pas qu'il aurait joué, en l'absence de suspension, dans une division supérieure avant le 20 novembre 2023, a indiqué, au cours de l'audience, avoir obtenu, au premier semestre de sa licence, une note de 11/20 au titre de sa pratique du football (son professeur lui ayant attribué un point supplémentaire) et une moyenne générale de 10,37/20. Il ne produit, par ailleurs, aucun élément de nature à établir les conséquences de la décision en litige sur la suite de ses études. Dans ces conditions, M. B n'établit pas, en l'état de l'instruction et à la date de la présente ordonnance, que la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence, justifiant l'intervention du juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, avant que le juge du fond ne statue, n'est dès lors pas remplie. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision en litige doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de rechercher si, en l'état de l'instruction, l'un des moyens invoqués serait de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B ainsi qu'à l'association Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de Football.

Fait à Grenoble, le 20 février 2024.

La juge des référés, La greffière,

A. Bedelet A. Zanon

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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