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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400680

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400680

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL PAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté n° 2023-397 du maire de la commune de Sillingy du 3 octobre 2023 portant opposition à une déclaration préalable, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à titre principal au maire de la commune de Sillingy de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 500 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sillingy une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie au regard de la décision du Conseil d'Etat du 23 mars 2018 n° 412029 ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la commune ne pouvait opposer sans erreur de droit le motif que le projet était de nature à porter atteinte à l'environnement et méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- la commune ne pouvait opposer sans erreur de droit le motif que le projet était contraire à l'article A 10 du règlement du plan local d'urbanisme qui ne concerne que les ouvrages agricoles.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 13 février 2024, la commune de Sillingy, représentée par Me Fiat, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'adjoint au maire en charge de l'urbanisme signataire de l'acte était titulaire d'une délégation de signature du 16 juin 2020 qui lui attribue expressément la signature des décisions relatives à l'application du droit des sols ;

- il ressort du règlement de la zone Ab du plan local d'urbanisme que la commune entend protéger particulièrement les paysages ruraux, y compris dans les secteurs dans lesquels elle admet les constructions nécessaires à l'exploitation agricole ; la commune a posé deux conditions cumulatives pour autoriser le dépassement de 11 mètres de hauteur, qui excluent l'édification d'un pylône : une " nécessité technique ou fonctionnelle propre à l'exploitation " et l'absence d'atteinte au paysage et à l'environnement visuel ; l'atteinte au paysage est avérée, dans un secteur remarquable que la commune a explicitement souhaité préserver, aux termes de son plan local d'urbanisme.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 1er décembre 2023 sous le numéro 2307766 par laquelle la SAS Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 février 2014 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile et les observations de Me Hourlier, représentant la commune de Sillingy.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a obtenu l'usage d'un terrain cadastré section OB n° 1616 sur le territoire de la commune de Sillingy, au lieu-dit " les Molassières ", classé en zone Ab du plan local d'urbanisme, pour y implanter une station relais composée d'un pylône en treillis métallique de 30 mètres de hauteur sur lequel des antennes de téléphonie mobile ont vocation à être installées. Elle a déposé le 18 septembre 2023 une déclaration préalable à l'installation de l'antenne relais. Toutefois, par l'arrêté contesté du 3 octobre 2023, l'adjoint au maire de la commune de Sillingy s'est opposé à la réalisation des travaux déclarés.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () "

3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () Lorsqu'une personne autre que celles mentionnées à l'alinéa précédent défère une décision relative à un permis de construire ou d'aménager et assortit son recours d'une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d'un mois. "

4. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution de cette décision, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G ou 5G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'État et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune.

5. En l'espèce, le projet a vocation à couvrir un territoire et une population non couverts par les réseaux 3G et 4G de la société Free Mobile, qui a souscrit des engagements envers l'Etat. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie en l'espèce.

6. Pour s'opposer aux travaux déclarés, la commune de Sillingy s'est fondée sur le motif que le projet ne respecte pas l'article A2 du règlement du plan d'urbanisme et doit être refusé en application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et le motif tiré de ce que le projet ne respecte pas l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme en raison de sa hauteur de 32,85 mètres qui excède la limite de 11 mètres fixée par cet article du règlement du plan local d'urbanisme.

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la commune ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, opposer le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article A 10 du règlement du plan local d'urbanisme, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

9. Il résulte de ce qui précède que lorsque le juge des référés, saisi de conclusions à fins de suspension, décide d'ordonner des mesures conservatoires, celles-ci ne produisent leurs effets que dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

10. En l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Sillingy de délivrer un certificat de non-opposition à titre provisoire à la société Free Mobile pour les travaux mentionnés dans le dossier n° DP07427223X0117, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

12. Ces dispositions font obstacle à la demande de la commune de Sillingy tendant à la condamnation de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sillingy, partie perdante à l'instance, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de l'arrêté n° 2023-397 du maire de la commune de Sillingy du 3 octobre 2023 est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à la commune de Sillingy de délivrer à la SAS Free Mobile à titre provisoire un certificat de non-opposition aux travaux ayant fait l'objet de la déclaration préalable n°DP07427223X0117, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 :La commune de Sillingy versera la somme de 1 500 euros à la SAS Free Mobile en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la commune de Sillingy tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Sillingy.

Fait à Grenoble, le 14 février 2024.

Le juge des référés,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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