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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400699

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400699

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2024 et le 4 mars 2024, M. B A, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2024-MT 08 du 18 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision le privant de tout délai de départ volontaire est entachée de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant au défaut d'urgence ; elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- l'interdiction de circuler sur le territoire français, elle-même entachée de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Isère fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 avril 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des Libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la loi n° 91-647du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 mars 2024, Mme Letellier a lu son rapport. Me Martin a présenté des observations pour M. A. Le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant roumain, âgé de 24 ans. Il déclare résider en France depuis au moins l'année 2019. Le 17 janvier 2024, il a été interpellé par les services de la police nationale. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

2. L'attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié, le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de l'Isère aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A.

4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des Libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. A déclare avoir fait des efforts d'intégration et mener une vie familiale en France auprès de sa compagne et de leurs deux enfants. Toutefois, si M. A a travaillé comme manœuvre de février 2023 à octobre 2023 et qu'il a suivi une formation d'une journée relative aux engins de chantier en juin 2023 lui ayant permis de se voir délivrer la certification CACES " autorisation de conduite ", ces éléments ne sont pas suffisants pour justifier d'une insertion dans la société française alors que l'intéressé est connu défavorablement des services de police pour des faits répétés de petite délinquance depuis 2019. Par ailleurs, il déclare lui-même subvenir aux besoins de sa famille grâce aux allocations. En outre, rien ne fait obstacle à son retour en Roumanie avec les membres de sa famille, tous de même nationalité, où son fils âgé de quatre ans pourra être scolarisé. Enfin, il ne justifie pas, par la seule pièce produite, avoir exécuté l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre par le préfet de l'Isère le 23 février 2022, assortie d'une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet n'a pas porté au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision comporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision le privant de tout délai de départ volontaire :

6. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

8. M. A a été interpelé le 17 janvier 2024 pour des faits de conduite sans permis, sans assurance et pour excès de vitesse. Il a déjà été interpelé pour des faits similaires le 10 mai 2023 et le 2 décembre 2021. A cette date, il a également été mis en cause pour des faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, recel de bien provenant d'un vol par escalade, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. Le 31 mars 2019, il a été interpellé pour des faits d'agression sexuelle. Ces faits présentent une réelle gravité et un caractère récent, ce que ne conteste pas le requérant. De plus, l'intéressé déclare ne pas travailler, vivre dans un squat et n'établit pas disposer de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Enfin, M. A n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le 23 février 2022. Dès lors que, pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de l'Isère se fonde sur l'ensemble de ces éléments de fait, qui caractérise l'urgence au sens de l'article L. 251-3 précité, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de fait et l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. Le requérant ne peut utilement se prévaloir des garanties qui entourent les procédures judiciaires, dès lors qu'une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai n'a pas le caractère d'une peine mais d'une mesure de police administrative. Il ne peut ainsi être utilement soutenu que cette mesure aurait été prise en méconnaissance du principe de présomption d'innocence.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

10. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.

11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". L'article L. 251-1 du même code permet d'éloigner les ressortissants européens lorsque : " 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

12. Le préfet qui, dans son arrêté, vise le 2° de l'article L. 251-1 et indique qu'en application de l'article L. 251-4 précité, il prononce une interdiction de circulation sur le territoire français en faisant état de ce que le comportement l'intéressé constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels il a fondé sa décision. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation spécifique à cette décision doit être écarté.

13. Eu égard à la persistance du comportement de M. A, à sa situation personnelle et familiale telle que rappelée précédemment et à la circonstance qu'il n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Isère a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

15. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de l'avocat de M. A tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de Me Martin tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Martin et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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