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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2400748

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2400748

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2400748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 février 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête de M. B, présentée le 2 février 2024.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal le 5 février 2024, M. A, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informé de son signalement au système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et, de ce fait, a été pris en l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ruocco-Nardo en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, premier conseiller,

- les observations de Me Miran, avocat, représentant M. A, qui soutient, en outre, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et que l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Après avoir constaté l'absence du préfet de la Haute-Savoie ou de son représentant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h17.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er février 2024, le préfet de la Haute-Savoie a obligé M. A, ressortissant albanais, né le 18 novembre 1979, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 3 février 2024, le préfet de la Haute-Savoie a décidé d'assigner M. A à résidence.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 1er février 2024, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Savoie a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

5. Si le requérant soutient que la circonstance qu'il ait été placé en garde à vue en raison d'un port d'arme de catégorie D ne saurait à elle seule caractériser une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains du 15 juillet 2015, à un emprisonnement de deux ans et à une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans pour des faits, en état de récidive, d'importation, de transport, de détention, d'acquisition et de cession de stupéfiants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, le motif sur lequel s'est fondé le préfet pour prononcer la mesure d'éloignement est tiré de ce que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public. La mention du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne résultant que d'une erreur de plume, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

8. Ainsi qu'il a été relevé au point 5, le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 précitées en refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Ainsi qu'il a été relevé au point 5, le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. En outre, s'il se prévaut de la présence de ses cousins en France, sa femme et ses quatre enfants résident en Albanie. Il est constant, qu'après être retourné en Albanie, il n'était présent en France que depuis le mois de janvier 2024 à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle est disproportionnée.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant ne peut se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, pour demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision portant assignation à résidence.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Miran et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le magistrat désigné,

T. RUOCCO-NARDO La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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