mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2024, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2023-AF181 du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de " recevoir " sa demande de titre de séjour, dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- les motifs de l'arrêté attaqué sont entachés d'erreur de fait, dans la mesure où il avait passé sa période d'essai de six mois à la date de l'arrêté attaqué ;
- le refus de titre méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le refus d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est illégal, dans la mesure où le législateur n'a pas entendu exclure de son bénéfice les personnes travaillant en ESAT ;
- l'obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire enregistré le 6 mars 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mars 2024 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- et les observations de Me Huard, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er février 1993 à Kolaboui (Guinée), est entré en France, selon ses dires, le 24 février 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 27 avril 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 avril 2019. Par arrêtés des 2 et 27 juin 2021, dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon du 23 septembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour demandé en raison de son état de santé, et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec fixation du pays de destination. Par un arrêté du 27 juillet 2021, le préfet de l'Isère lui a à nouveau refusé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté a été annulé en raison d'un vice de légalité externe par un jugement du tribunal administratif de Grenoble n°2107990 du 11 février 2022, devenu définitif faute d'avoir été contesté. M. A a alors bénéficié à titre exceptionnel de deux autorisations provisoires de séjour entre le 29 août 2022 et le 28 mars 2023. Le 27 mars 2023, M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'en qualité de " salarié ". Dans la présente instance, M. A demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a opposé un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours avec fixation du pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux doivent par suite être écartés.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ;/ 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est lié par un contrat de travail avec l'ESAT de Pré-Clou et l'avenant à son contrat de travail initial daté du 21 juillet 2023 valide sa période d'essai et son intégration définitive dans les effectifs de l'ESAT. Par suite, le motif selon lequel M. A ne justifierait pas du maintien de son contrat de travail au-delà d'une période d'essai de six mois ne saurait légalement fonder la décision attaquée.
6. Toutefois, pour refuser une carte de séjour portant la mention " salarié " au regard des articles L. 421-1 à L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Isère oppose principalement à M. A la circonstance non contestée que l'intéressé n'est pas en mesure de présenter un " contrat de travail visé " tel que défini par les dispositions précitées du code du travail, condition posée par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre au bénéfice de ladite carte de séjour temporaire. Dès lors, l'origine de cette carence, que le préfet impute à tort ou à raison au type de relation de travail liant le requérant à l'ESAT de Pré-Clou, fondée sur un contrat conclu en vertu des articles L. 243-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le préfet de l'Isère, qui aurait pris la même décision s'il avait choisi comme motif unique l'absence de production d'" un contrat de travail visé" en vertu de l'article L. 5221-2 du code du travail, n'a pas entaché son refus de carte de séjour portant la mention " salarié " d'erreur d'appréciation ou d'erreur dans les motifs de faits de nature à vicier le refus opposé.
7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ()/ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " ;
8. Si M. A fait état des nombreux liens sociaux et amicaux tissés en France, il est constant que ses deux enfants mineurs demeurent en Guinée, où il a vécu jusqu'à son entrée sur le territoire français et où il dispose d'autres attaches familiales. Le certificat d'examen prénatal produit et l'attestation de demande d'asile déposée en France par une compatriote ne sauraient au surplus établir la relation qu'il soutient entretenir avec cette dernière. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale défini par les stipulations précitées ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes raisons, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que le refus de séjour serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
9. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Pollet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
Le rapporteur,
I. FRAPOLLI
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2401015
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026