Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401038
jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2401038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 5 |
| Avocat requérant | HUARD |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2024, Mme A C D, représentée par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros en application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C D soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît le droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024 le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme. C D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Huard, représentant Mme C D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, de nationalité congolaise, déclare être entrée en France le 15 octobre 2022 sans en apporter la preuve. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rendue le 2 février 2023 et confirmée le 22 août 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 24 janvier 2024 le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme C D et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. Mme C D a eu la possibilité de présenter tous les éléments qu'elle estimait utiles lors du dépôt de sa demande d'asile et en cours d'instruction de sa demande. En tout état de cause elle ne justifie pas d'éléments qu'elle aurait vainement tenté de porter à la connaissance du préfet et qui auraient eu une incidence sur le sens de la décision contestée.
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Mme A C D soutient que son frère a travaillé à l'aéroport international de Kinshasa-Ndjili à partir de 2018 et a dans cadre libéré deux enfants qui étaient enlevés dans une voiture militaire. Il les a alors amenés à son domicile et les lui a confiés puis il a pris la fuite. Le lendemain craignant pour sa sécurité. Mme A C D soutient que son frère l'a appelé afin de lui demander de remettre les deux enfants à l'un de ses amis activistes et de le rejoindre au Bas-Congo. Elle fait valoir qu'une fois réunis, ils ont été interpellés par plusieurs individus et transportés dans un lieu où ils ont été séquestrés pendant deux jours. Mme A C D indique enfin que le 11 octobre 2022, libérés grâce à une connaissance de leur père, ils sont parvenus à quitter leur pays. Toutefois, Mme C D n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait réellement, personnellement et actuellement exposée des mauvais traitements dans son pays d'origine. En outre son entrée en France est récente. Elle est célibataire sans enfant à charge et ne peut se prévaloir que de la seule présence de son frère en France qui est au demeurant lui-même en situation irrégulière. Elle n'établit pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle conserve nécessairement des attaches personnelles et sociales. Elle ne peut se prévaloir d'aucune intégration ni insertion professionnelle particulière en France.
7. Le conseil de Mme C D a fait valoir à la barre qu'elle se prostituait et avait commencé d'être prise en charge par un service spécialisé pour l'aider à s'engager dans un processus de sortie de prostitution. Il produit au dossier un courrier de l'association Althea qui accueille toute personnes travailleuses du sexe ou en situation de prostitution, victime de proxénétisme ou de traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle. Ce courrier émanant d'une éducatrice spécialisée de cette association indique qu'elle a rencontré Mme C D pour la première fois le 18 septembre 2023 à la suite d'une orientation effectuée par une connaissance de l'Eglise. Toutefois, cette seule attestation ne suffit pas à considérer que le préfet a en prenant la décision attaquée commis une erreur manifeste d'appréciation.
8. Dans ces conditions, au regard de ce qui précède et eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France Mme C D n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni n'est entachée d'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et tendant à la condamnation de l'État au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 de requérant doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : Mme C D est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme C D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Huard et au préfet de l'Isère .
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
Le magistrat désigné,
S. B Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.