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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401097

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401097

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCHULD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, M. C F, Mme B G et M. E F, représentés par Me Schuld, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le maire de Manigod a accordé un permis de construire à M. D pour la construction d'un chalet, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) de condamner la commune de Manigod au versement d'une somme de 800 euros chacun au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- en vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence est présumée satisfaite ; par ailleurs, le délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort arrive très prochainement à expiration ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité des décisions en litige (à cet égard, ils doivent être regardés comme renvoyant aux moyens développés dans leur recours au fond joint à la présente requête) :

*le dossier de permis de construire est incomplet en méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme au regard de l'insuffisance de la notice descriptive qui ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet contesté dans son environnement et qui n'est pas palliée par les autres plans du dossier ;

*il est incomplet en méconnaissance du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que le document graphique ne porte que sur une seule vue à partir de la route d'accès ; il n'est pas représentatif et est trompeur ; il ne permet ni d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et au paysage ni la volumétrie et les matériaux du projet ; l'absence de document graphique est de nature à avoir induit en erreur le service instructeur sur l'insertion du projet dans son environnement ;

*le projet contesté méconnaît l'article II-2.1 de la zone U du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) en l'absence d'intégration du projet au site ; le projet, par son ampleur et l'importance des terrassements induits engendrera très certainement une déstabilisation des terrains voisins ainsi que de leur construction (mazot à l'ouest) ; les raccordements de pentes aux terrains avoisinants semblent impossibles à réaliser en limite de parcelle est et ouest ; la construction projetée présente plusieurs non-conformités au cahier des recommandations architecturales ;

*le projet contesté méconnaît les articles II-1.1 et II-1.5 de la zone U du règlement du PLU dès qu'il n'est pas adapté au terrain ; le mur en pierres projeté vu en façade sud méconnaît les articles I-2.2 et II-1.6 de la zone U du règlement du PLU dès lors qu'il s'apparente à un mur de soutènement cyclopéen et qu'il dépasse la hauteur d'1,50 mètre ;

*la hauteur de la construction projetée en façade ouest méconnaît l'article II-1.10 de la zone U du règlement du PLU ;

*le projet contesté méconnaît l'article II-1.7 de la zone U du règlement du PLU dès lors qu'il comporte deux toits de hauteurs différentes avec des faîtages décalés ;

*il méconnaît l'article II-1.10 de la zone U du règlement du PLU dès lors que la panne de la partie du garage est implantée au-dessus de 1,50 mètre du nu du plancher du dernier niveau (niveau combles) et que le garage constitue un quatrième niveau et deux étages dans les combles ;

*il méconnaît l'article II-1.21 de la zone U du règlement du PLU relative à l'implantation par rapport aux limites séparatives ;

*il méconnaît l'article III-1.7 de la zone U du règlement du PLU ;

*il méconnaît les règles de stationnement au regard du nombre insuffisant de places de parking et dès lors qu'il est techniquement impossible de créer à la fois une pente de 5% vers l'ouest et une pente de 5% vers le sud si bien que la réalisation du projet créera inévitablement une pente en travers supérieure à 5% et un devers dangereux pour les deux accès ; l'espace extérieur réservé pour le stationnement d'un véhicule ne permet pas le retournement de celui-ci ce qui impliquera une manœuvre sur les parties communes du lotissement créant un danger pour les riverains ; la disposition de la zone U du règlement du PLU relative aux accès et stationnement selon laquelle : " le revêtement des aires de stationnement et des chemin d'accès sont en matériaux perméables " est méconnue dès lors que la notice du projet indique que les accès et stationnement seront goudronnés ;

* l'article II-2.4 de la zone U du règlement du PLU est méconnu s'agissant de la couleur des tuiles en toiture " brun rouge " projetée et dès lors qu'il n'est dessiné qu'une paire de volets sur la petite fenêtre de la façade nord et qu'aucun autre volet ne semble prévu sur les autres façades.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, la commune de Manigod, représentée par Me Philippe, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens n'est sérieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, M. A D, représenté par Me Oster, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens n'est sérieux.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2308308 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 mars 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;

- les observations de Me Schuld pour les requérants qui réévaluent le montant de leur demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à une somme de 2 800 euros ;

- les observations de Me Philippe pour la commune de Manigod ;

- les observations de Me Oster pour M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense et tirées du défaut d'intérêt pour agir :

1. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir d'une personne physique à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ". Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

2. M. C F est nu-propriétaire et Mme B G, épouse de M. E F est usufruitère d'un chalet et d'un mazot implantés sur les parcelles A n°349, A n°350, A n°2123, A n°2126, A n°2128, A n°2132 à A n°2134, A n°2137, A n°2142, A n°2143 et A n°2256 qui sont contiguës au terrain d'assiette du projet, lequel emporte la réalisation d'un chalet sur lequel ils auront une vue directe. Ainsi, le projet contesté est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de la propriété des requérants, en dépit du fait que leur chalet constituerait en l'état une simple résidence secondaire et qu'ils étaient initialement propriétaires de l'ensemble parcellaire qui a fait l'objet d'une autorisation de lotir et qui avait donc vocation à être construit. Les requérants justifient ainsi d'un intérêt à agir contre le permis de construire attaqué au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée sur ce point doit être écartée.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. L'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dispose que la condition d'urgence est présumée satisfaite pour les recours dirigés contre une autorisation individuelle d'urbanisme. L'urgence n'est pas contestée en défense.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :

5. Sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige le moyen tiré de la méconnaissance de l'article II-1.6 de la zone U du règlement du PLU selon lequel " les ouvrages de soutènements en pierres () sont d'une hauteur de 1,50 mètre maximum () " et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article II-2.4 de ce règlement selon lequel " Les matériaux de couverture de la toiture en pente sont () dans les autres sous-secteurs U : en tuiles de teinte sombre (ral 7006 ou 7015) ou en bas acier de teinte sombre (ral 7006 ou 7015), ou en tavaillons () ".

6. Par ailleurs, il résulte de la demande de permis de construire que le chemin d'accès et la place de stationnement extérieure seront goudronnés. Ains, en l'état de l'instruction, est également propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige le moyen tiré de la méconnaissance de la disposition de l'article II-2 de la zone U du règlement du PLU selon laquelle " Le revêtement des aires de stationnement et des chemins d'accès sont en matériaux perméables ".

7. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023 et de la décision implicite rejetant le recours gracieux des requérants.

8. Il y a lieu de préciser que, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens, ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

Sur les frais de procès :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Manigod et M. D doivent dès lors être rejetées.

10. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Manigod le versement aux requérants d'une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er :L'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023 et de la décision implicite rejetant le recours gracieux des requérants est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 :La commune de Manigod versera aux requérants une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. E F en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Manigod et à M. D.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Annecy.

Fait à Grenoble, le 25 mars 2024.

La juge des référés,

A. Bedelet

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401097

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