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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401146

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401146

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février et 7 mars 2024, Mme C A, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " ou une nouvelle attestation de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour ;

3°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une carte de résident suite à son admission à la protection subsidiaire par décision de la cour nationale du droit d'asile le 26 août 2021 ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire et, à défaut, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec droit au travail ou une attestation de prolongation d'instruction et de statuer explicitement sur sa demande par une décision motivée sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition d'urgence est remplie ; le préfet de l'Isère ne lui a toujours pas délivré plus de deux ans après le dépôt de sa demande un titre de séjour mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " alors que cette protection lui a été accordée par la cour nationale du droit d'asile le 26 août 2021 et que l'article 24 de la directive 2011/95/UE du parlement et du conseil du 13 décembre 2021 prévoit une délivrance dans les plus brefs délais et dans un délai maximum de trois mois selon les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle conteste s'être abstenue de faire la démarche de renouvellement de son récépissé de titre de séjour et avoir fait une nouvelle demande de titre de séjour sur l'ANEF le 7 août 2023 ; elle n'a pas été destinataire d'une décision de clôture de sa demande de titre de séjour avec invitation de se rapprocher de la préfecture ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité des décisions en litige :

*la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " est entachée d'un défaut de motivation ;

*elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

*elle méconnaît les articles L. 424-9 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la protection subsidiaire lui a été accordée par décision de la cour nationale du droit d'asile le 26 août 2021 ;

*elle méconnaît l'article 24 de la directive 2011/95/UE du parlement et du conseil du 13 décembre 2021 ;

*la décision lui refusant la délivrance d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer de la requête et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'il a convoqué Mme A le 6 mars 2024 pour le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2401145 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 7 mars 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;

- les observations de Me Borges de Deus Correia pour Mme A ;

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction qu'un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " valable du 6 mars 2024 au 5 juin 2024 a été remis à Mme A le 6 mars 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de la décision implicite refusant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de l'Isère a délivré à Mme A un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ". Dans ces conditions, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour n'ont pas perdu leur objet et il y a donc lieu d'y statuer.

Sur la demande de suspension d'exécution de la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " à Mme A :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Mme A a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par décision de la cour nationale du droit d'asile du 26 août 2021. Le préfet de l'Isère ne conteste pas que Mme A a sollicité, le 1er octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire et qu'aucune réponse n'a été apportée à ce jour à la requérante, soit plus de deux ans après le dépôt de sa demande. Par ailleurs, si un récépissé de demande de titre de séjour valable du 6 mars 2024 au 5 juin 2024 a été remis à Mme A, la caisse d'allocations familiales lui a adressé une alerte le 5 février 2024 au terme de laquelle elle lui demande d'envoyer par courrier son titre de séjour. Par ailleurs, l'absence de titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " empêche son conjoint avec lequel elle est mariée depuis le 23 juillet 2016 de solliciter un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " à Mme A crée, dans les circonstances particulières de l'espèce, une situation d'urgence.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " :

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 424-9 et R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 du code de justice administrative que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

8. Mme A remplit les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " à Mme A dans un délai d'un mois. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procès :

9. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à Me Borges de Deus Correia, avocat de Mme A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er :Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite refusant de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 :L'exécution de la décision implicite refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " est suspendue.

Article 4 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "bénéficiaire de la protection subsidiaire" à Mme A dans un délai d'un mois.

Article 5 :Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle l'Etat versera la somme de 800 euros à Me Borges de Deus Correia en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à Me Borges de Deus Correia et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 25 mars 2024.

La juge des référés,

A. Bedelet

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401146

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