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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401273

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401273

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantLEURENT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.) Par une requête enregistrée le 23 février 2024, M. A E , représenté par Me Leurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. E soutient que :

- l'arrêté du 25 janvier 2024 est insuffisamment motivé ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il bénéficie encore d'un droit à se maintenir sur le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait le 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 mars 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

II.) Par une requête enregistrée le 23 février 2024, Mme C G , représentée par Me Leurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme G soutient que :

- l'arrêté du 25 janvier 2024 est insuffisamment motivé ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- elle bénéficie encore d'un droit à se maintenir sur le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait le 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 mars 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

III.) Par une requête enregistrée le 23 février 2024, Mlle F E , représentée par Me Leurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mlle E soutient que :

- l'arrêté du 25 janvier 2024 est insuffisamment motivé ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- elle bénéficie encore d'un droit à se maintenir sur le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 mars 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Leurent, représentant M. E, Mme G et Mlle E et de Mme G, assistée de Mme D, interprète en langue macédonienne.

Des notes en délibéré présentées pour M. E, Mme G et Mlle E, enregistrées le 21 mars 2024 et non communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, son épouse Mme C G et leur fille Mlle F E de nationalité macédonienne, sont entrés en France à la date déclarée du 14 septembre 2022 pour y demander l'asile. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes par des décisions du 24 novembre 2023. Par des arrêtés du 25 janvier 2024 dont ils demandent l'annulation, le préfet de l'Isère les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination et a édicté à leur encontre une interdiction de retour d'un an.

2. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation de membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation des requérants, il y a lieu de prononcer leur admission à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

5. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E souffre d'une pathologie musculaire à type de myopathie et une atélectasie du poumon gauche. Il pèse environ 35 kg et est complétement dénutri. Ces éléments d'information précis permettent de considérer qu'ils décrivent une pathologie susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le préfet aurait dû en conséquence saisir pour avis le collège des médecins de l'OFII avant d'édicter une mesure d'éloignement, alors même que l'intéressé n'a pas estimé utile de former une demande de titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'alerter le préfet sur sa situation. Par suite, M. E est fondé à soutenir que le préfet a méconnu cette disposition, et pour ce motif, à demander l'annulation de la décision attaquée sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

7. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme G, qui souffre de la hanche droite et du dos, puisse se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 9°. Toutefois, il résulte de l'annulation édictée au point précédent que les décisions concernant Mme G et Mlle E doivent être annulées pour méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs d'annulation, l'exécution de la présente décision implique seulement que le préfet réexamine la situation des requérants. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais du litige :

9. Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Leurent, avocat des requérants renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leurent de la somme de 1 740 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 740 euros leur sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. E, Mme G et Mlle E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de l'Isère du 25 janvier 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. E, Mme G et Mlle E dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4: Sous réserve de l'admission définitive des requérants à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Leurent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Leurent, avocat de M. E, Mme G et Mlle E, une somme de 1 740 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 740 euros leur sera versée.

Article 5: Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, Mme C G et Mlle F E, à Me Leurent et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024

Le président,

J. P. BLe greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2401274 - 2401285

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